Migrants Day

 

La migration est un avertissement lance a la societe ne paniquons pas mais preparons-nous

Please show your support for migrants on International Migrants Day 2016 by sharing this video on social media on from 15-18 December 2016. Share: Facebook | Twitter  

Un rapport que je reçois deux fois par semaine relate une histoire tragique. Celle du nombre de migrants décédés – parce que les bateaux dans lesquels ils sont entassés par des passeurs sombrent en mer, parce qu’ils sont morts d’épuisement dans le désert ou, pire encore, parce que ceux qui les gardent en captivité – comme en Libye – les dépouillent de tout avant de les assassiner et de les enterrer dans des charniers.

Parfois, ils meurent loin de leur famille. D’autres fois, celle‑ci est à leurs côtés, ou pas loin derrière. En 65 ans d’existence, l’Organisation internationale pour les migrations a accumulé de solides connaissances sur la question. Nous savons que, chaque fois que des migrants trouvent la mort au cours des voyages périlleux qu’ils entreprennent, nombre d’entre eux auraient pu échapper à leur sort s’ils avaient été informés des risques qu’ils couraient ou des possibilités d’une vie meilleure plus près de chez eux.

La pauvreté extrême, le changement climatique, des économies brisées et corrompues – caractérisées par d’énormes inégalités de revenus, un taux de chômage élevé chez les jeunes et une absence de perspectives – mettent en danger la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants et les obligent à migrer. A cela s’ajoutent huit conflits à grande échelle dans diverses régions du globe, qui provoquent des déplacements internes et externes.

L’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, estime aujourd’hui qu’une personne sur sept dans le monde est un migrant – c’est-à-dire quelqu’un qui vit, travaille ou fonde une famille ailleurs que dans son lieu de résidence habituelle.

Aussi nombreuses que soient toutes ces personnes, qui tentent tout simplement de vivre, trop de migrants meurent.

Le rapport que je reçois deux fois par semaine est établi par le Projet de l’OIM sur les migrants portés disparus, qui s’emploie à identifier tous les migrants morts, portés disparus ou « disparus » dont les déplacements ont pu être suivis par le personnel de l’Organisation dans les 165 pays où elle est présente. En 2016, pour la troisième année consécutive, le nombre de décès de migrants dépassera les 5 000.

Depuis trois ans, un peu plus d’une douzaine de migrants en moyenne meurent chaque jour. Autrement dit, un homme, une femme ou un enfant meurt toutes les deux heures. Ils sont autant à avoir péri chaque jour, cette année, en mer Méditerranée, le tronçon funeste d’une route qui relie la Libye à l’Italie.

Des centaines d’autres ont trouvé la mort, cette année, en traversant l’Afrique du Nord ou en se rendant au Moyen-Orient depuis l’Afrique de l’Est. Près de six cents migrants ont péri en tentant de gagner les Etats-Unis depuis l’Amérique latine et les Caraïbes. A ce jour, 6 226 personnes ont perdu la vie sur ces routes migratoires en 2016. Encore ne s’agit‑il là que des décès connus. Bien d’autres ne sont pas comptabilisés.

Nous devons examiner attentivement ce nombre effroyable de morts, ainsi que l’accueil glacial qui, de plus en plus, est réservé aux migrants. La migration, un phénomène qui ne date pas d’hier, est le fait de familles qui, souvent, empruntent aujourd’hui la même voie que, des décennies plus tôt, nos parents et nos grands-parents.

Exprimer du chagrin, de l’horreur ou de la culpabilité n’a plus aucun sens. Il nous faut admettre que la migration est bien la tendance de fond de notre époque. Une tendance qui a mobilisé l’attention de l’opinion sur ce phénomène et a placé la migration en tête des priorités de tous les gouvernements.

Les images d’innombrables migrants sur les routes ou secourus en mer, qui alimentent des politiques outrancières, ne disent pas tout. L’augmentation du nombre de morts enregistrés au Sahara, en Méditerranée, dans les Caraïbes ou en Amérique latine, par exemple, doit être considérée comme un premier avertissement de ce qui nous attend, alors que des pressions démographiques, politiques et sociales, qui débouchent souvent sur des conflits, poussent de plus en plus de personnes à migrer.

Malgré les apparences et les biais médiatiques, la migration n’est pas nécessairement synonyme de chaos ou d’invasion. Il ne s’agit pas d’un fléau menaçant, s’apprêtant à contaminer notre culture. La campagne « ENSEMBLE », lancée en septembre dernier par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, lors du Sommet des Nations Unies pour les réfugiés et les migrants, a pour objectif de parvenir à un monde ouvert à la diversité en modifiant l’image négative des réfugiés et des migrants, ainsi que les attitudes délétères à leur encontre.

Les bouleversements qui secouent nos politiques, loin de nous affoler, devraient nous inciter à nous préparer. Nous devons façonner l’avenir au lieu de l’ignorer, en acceptant le caractère inévitable de la migration, en modifiant l’idée que se fait le public des migrants et en veillant à mieux les intégrer dans nos sociétés.

On assiste aujourd’hui à une véritable révolution démographique, qu’il nous appartient de gérer dans l’intérêt général. La plupart des migrants veulent tout simplement qu’on leur donne une chance, même temporaire – par exemple, un visa de courte durée pour suivre des études ou effectuer des travaux agricoles – afin qu’ils puissent améliorer la vie de leur famille restée au pays.

En bénéficiant d’un soutien adéquat, ceux qui restent apporteront une contribution, économique ou culturelle, à toute société dans laquelle ils s’installent. Il importe de nouer des partenariats entre les migrants, les communautés d’accueil et les gouvernements, afin de stimuler les avantages qu’offre leur présence dans le pays.

Le 18 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des migrants, reconnaissons qu’il existe suffisamment de possibilités pour tous ; il suffit de partager. 

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William Lacy Swing est le Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations. 


 

ENSEMBLE pour la migration

Affichez votre soutien à l’initiative « ENSEMBLE » en diffusant cette vidéo sur les médias sociaux du 15 au 18 décembre 2016.

A l’occasion de la Journée internationale des migrants, le 18 décembre 2016, l’OIM demande au monde de soutenir la campagne « ENSEMBLE », afin de modifier l’image négative des migrants et des réfugiés, ainsi que les attitudes délétères à leur encontre. Cette initiative d’envergure mondiale, qui entend renforcer le contrat social entre les pays et les communautés d’accueil, et les réfugiés et les migrants, a été lancée par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, lors du Sommet des Nations Unies pour les réfugiés et les migrants tenu le 19 septembre 2016 à New York.

La migration profite tout à la fois aux migrants et à la société. Les migrants enrichissent les civilisations du monde grâce aux compétences, expériences, cultures et innovations dont ils sont porteurs, et par leurs rapatriements de fonds, les initiatives de développement dont ils sont à l’origine, et leurs réseaux de ressources.

La rhétorique sur la migration est souvent toxique, dénigrante et ignorante des réalités migratoires, et compromet les avantages de la migration. Il est indispensable de lutter contre un tel discours si l’on veut que la migration soit bien gérée et mutuellement bénéfique. Le débat public est dominé par le malaise et la méfiance à l’encontre des migrants, qui tirent souvent leur origine de stéréotypes associant les migrants à la criminalité, alors que les préoccupations sécuritaires et la menace du terrorisme font la une de l’actualité.

La contribution des médias et des politiques dans la lutte contre les réactions xénophobes et les peurs peut permettre de façonner – ou de refaçonner – le discours public et la réponse politique correspondante. Une impulsion politique est indispensable pour faire pièce aux discours délétères qui, aujourd’hui, encouragent une vision néfaste et réductrice des migrants. La compassion et une compréhension fondée sur des faits doivent être au cœur de la réponse des politiques à la migration.

Alors que le nombre de migrants ne cesse d’augmenter, les sociétés sont appelées à être de plus en plus diverses et multiculturelles. Notre époque se doit de promouvoir la diversité sociale, culturelle, religieuse et ethnique dans l’intérêt de toutes les communautés. L’intégration est un processus multidimensionnel et multiforme qui ne peut aboutir sans la participation inclusive et cohérente d’un large éventail d’acteurs – politiques et autorités locales, chefs de communauté, migrants et résidents des pays d’accueil. L’intégration des migrants favorise l’émergence de sociétés inclusives, dynamiques et participatives, et permet de prévenir la marginalisation, la discrimination et l’exclusion des groupes vulnérables. Lorsque les migrants ne sont pas pleinement intégrés, les contributions qu’ils pourraient apporter à leurs communautés d’accueil sont réduites, et les possibilités qu’offre la migration restent inexploitées.

Dans ce monde qui se polarise, les migrants relient les pays d’origine, de transit et de destination. Plus il y a de migrants, plus les cultures s’entrelacent, et plus les sociétés se diversifient. Les migrants sont porteurs non seulement de compétences, mais aussi de traditions et d’un patrimoine, enrichissant ainsi les identités culturelles existantes. Les gouvernements, le secteur privé, les communautés d’accueil, les migrants et tous les autres acteurs doivent collaborer pour atteindre des objectifs communs – la cohésion sociale et la compréhension interculturelle – qui sont ancrés dans les valeurs communes d’un monde exempt de discrimination.