L’OIM intervient alors que la Grèce rivalise désormais avec l’Italie en tant que point d’entrée dans l’UE des migrants arrivés par la mer

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06/26/15

Greece - Les îles grecques près de la côte turque rivalisent désormais avec l’Italie en tant que principale destination des migrants irréguliers qui cherchent à entrer dans l’UE par la mer cette année, passant d’une traversée par le centre de la Méditerranée à une traversée par l’est.

Quelque 61 000 migrants sont arrivés en Grèce par la mer cette année, soit près du double des 34 442 arrivés en 2014. Pendant le mois de juin en cours, entre 650 et 1 000 atteignent les îles chaque jour.

D’après les estimations de l’OIM, jusqu’ici, environ 65 000 migrants sont arrivés en Italie par la mer, traversée qui s’est avérée bien plus meurtrière, faisant non moins de 1 820 victimes cette année, dont un jeune Gambien cette année, qui aurait été abattu par des assaillants d’un bateau à proximité dans les eaux libyennes.

Pendant tout le mois de juin l’année dernière, 763 migrants ont péri dans les eaux entre l’Afrique du Nord et l’Italie, soit mois d’un quart du bilan de cette année, estimé à environ 3 200 décès.

Au moins 37 migrants ont péri ou ont disparu près de la Grèce cette année. Mardi, 6 migrants de Syrie ont trouvé la mort au large de la Turquie alors qu’ils tentaient apparemment d’atteindre l’île de Kos, tandis que 64 autres migrants ont été secourus. Quelque 80 524 migrants sont arrivés en Grèce cette année, soit par voie terrestre, soit par voie maritime.

Les Syriens continuent de faire partie des plus grands groupes de migrants entrant en Europe via l’Italie ou la Grèce. Fin mai 2015, le nombre de Syriens entrés en Italie s’élevait à 3 185, soit légèrement plus que les 2 941 Gambiens. Les trois principales nationalités enregistrées à l’arrivée en Italie en 2015 sont les Erythréens (10 985), les Somaliens (4 958) et les Nigérians (4 630), tous plus nombreux que les Syriens arrivés cette année.

En comparaison, au 31 mai, 28 581 Syriens ont déjà atteint la Grèce, soit par la terre soit par la mer, cette année, par rapport aux 32 520 arrivés sur toute l’année 2014.

Hier, à Athènes, la directeur générale adjointe de l’OIM, Laura Thompson, a remercié le gouvernement et les garde-côtes grecs pour leur efficacité dans le sauvetage de milliers de vies et pour leurs efforts déployés en vue d’améliorer la gestion d’une situation migratoire préoccupante, en pleine crise économique qui malmène le pays.

« Pendant les cinq premiers mois de 2015, plus de 60 000 migrants ont risqué leur vie pour traverser la Méditerranée et entrer en Grèce. Grâce aux efforts inlassables des garde-côtes helléniques, proportionnellement moins de décès ont été enregistrés », a t-elle déclaré.

Les principaux points d’entrée sont les îles grecques de Lesvos, de Samos, de Kos et de Chios, Lesvos à elle seule recevant plus de la moitié de toutes les arrivées. Les îles plus petites de Pserimos, de Farmakonisi, d’Agathonisi, d’Inousses, de Megisti et de Gavdos reçoivent également des migrants, mettant à rude épreuve les moyens locaux limités pour intervenir.

Daniel Esdras, chef de mission de l’OIM en Grèce, avertit que les îles font face à des pénuries en termes de capacité et de ressources nécessaires pour accueillir les arrivants de manière adéquate. « C’est seulement le début. Les faits et les chiffres ne suffisent pas à décrire la réalité de la situation sur les côtes grecques », a t-il déclaré.

Anticipant le changement de flux vers les îles à l’est de la Grèce – notamment dû à la construction d’un barrage de 12,5 km à Evros en 2011, qui a détourné les migrants de l’itinéraire terrestre vers les itinéraires maritimes –, l’OIM en Grèce déploie régulièrement du personnel aux principaux ports d’entrée, où il contribue aux efforts de secours et à la gestion des frontières dans les ports.

De sa propre initiative et grâce à la collecte de dons, l’OIM en Grèce fournit aux migrants récemment secourus une aide humanitaire immédiate, en leur distribuant notamment des couvertures, des vêtements, des chaussures et des fournitures médicales.

L’OIM se tenait prête avec 200 couvertures thermiques pour les migrants qui ont été secourus en mer et ramenés sur l’île de Lesvos le 23 avril 2015.

« Les images de migrants entassés à bord de bateaux pneumatiques ou étalés sur les ports des îles pendant la saison touristique ont peut-être attiré l’attention de l’opinion publique et des médias, mais le personnel de l’OIM est plongé dans ces situations intenses chaque jour et chaque nuit depuis le début de l’année », a déclaré M. Esdras. « Pour nous, c’est plus que des chiffres. Les autorités locales ont demandé à notre personnel à Lesvos de contribuer au sauvetage d’enfants au beau milieu de la nuit et d’aider des femmes enceintes sur le point d’accoucher qui arrivaient au port », a t-il ajouté.

L’OIM en Grèce déploie des chargés d’information spécialisés sur les îles de Lesvos, de Crète et de Samos depuis deux ans, et un responsable spécialisé a été désigné comme personne de référence pour les sauvetages dans les eaux égéennes.

Les chargés d’information de l’OIM  se rendent également immédiatement sur les îles de Samos, de Kos, de Gavdos, de Chios et d’Agathonisi dès qu’ils ont connaissance de l’arrivée de nouveaux migrants.

En travaillant directement avec les migrants secourus, les chargés d’information de l’OIM en Grèce recueillent des données et des informations sur les profils des migrants, les itinéraires qu’ils ont empruntés, les sommes qu’ils ont payées, leur destination finale et d’autres facteurs qui les ont poussés à migrer.

À Athènes, l’Ambassadeur Thompson a également salué le soutien continu des gouvernements norvégien, britannique et suisse au travail de l’OIM d’aide aux migrants en Grèce, en particulier aux plus vulnérables d’entre eux.

« Les efforts de l’OIM en Grèce sont rendus possibles grâce à ce soutien et je veux les remercier au nom de l’OIM et surtout, au nom de tous les migrants qui ont été aidés », a t-elle déclaré.

L’OIM en Grèce œuvre également en étroite collaboration avec Frontex, avec les garde-côtes grecs et le Service de premier accueil afin d’identifier les migrants vulnérables, notamment les mineurs non accompagnés, les migrants âgés, les personnes ayant des besoins médicaux, et les familles avec enfants. Les migrants vulnérables sont ensuite renvoyés vers les autorités pour une prise en charge appropriée.

« La réalité dépasse nos prédictions, les besoins dépassent les capacités, le désespoir de ces gens les pousse à prendre des risques mortels et la criminalité organisée des passeurs s’étend chaque jour. Nous devons reprendre le contrôle de la gestion des migrations. Les migrants font plus confiance aux passeurs qu’aux autorités. Il n’y a plus de temps à perdre », a alerté M. Esdras.

 

« Vous êtes en Grèce, pas en Italie. »

 Mardi 10 juin, peu après minuit, le téléphone a sonné deux fois puis s’est arrêté. Chryssa, fonctionnaire de l’OIM en poste à l’ouest de la Crète, a rappelé le numéro mais personnes n’a répondu. A l’aube, elle a ressayé. Cette fois, c’était un officier de police au bout du fil qui signalait le sauvetage en mer de plus d’une centaine de migrants qui avaient été transférés vers Paleochora.

 Chryssa est arrivée au stade où plus de 250 migrants somaliens, soudanais, égyptiens et syriens étaient accueillis et où les premiers secours ont été dispensés aux nouveaux arrivants. Il s’agissait principalement d’hommes, de quelques femmes et de plus de 45 enfants non accompagnés.

 Ils ont demandé à Chryssa où ils étaient. « Vous êtes en Grèce, pas en Italie », a t-elle répondu.

 Les migrants rescapés avaient rencontré leurs passeurs à Alexandrie, en Egypte. Ils devaient les emmener en Italie pour 2 500 euros par personne. Avant de débarquer, ils ont été divisés en groupes et entassés dans des petits bateaux. Une fois en mer, ils ont été transférés sur un plus gros bateau. Quatre passeurs étaient parmi eux mais après sept jours à bord, lorsque le moteur est tombé en panne d’essence, ils sont partis sur un autre bateau en promettant de revenir avec de l’essence. Ils ne sont jamais revenus.

 « Nous avons été abandonnés sans eau, ni nourriture. Quelqu’un a appelé un homme qu’il connaissait en Italie, un militant, qui a contacté les autorités italiennes », a confié un migrant syrien à l’OIM.

 Les autorités grecques et italiennes ont communiqué et il a été décidé que le port le plus proche était en territoire grec.

 Chryssa et d’autres fonctionnaires de l’OIM sont restés toute la nuit et toute la journée au stade de Paleochora, passant la plupart de leur temps avec les enfants pour les rassurer sur les prochaines étapes. Le personnel a également contacté le Service de premier accueil et le Service national de renvoi afin d’identifier des centres d’hébergement pour les enfants.

 Les enfants, tous égyptiens, ont demandé à Chryssa d’appeler leur mère depuis leur téléphone mobile. Personne n’a répondu.

 La Crète faisait partie des îles grecques qui a accueilli plus de 1 200 migrants.

Pour plus d’informations, veuillez contacter l’OIM en Grèce : Irini Gerogli Tel: +30 210 991 9040, ext.121 Email: igerogli@iom.int or Mantalena Kaili, Tel +30 693 718 3477 Email: mkaili@iom.int

 

Migrants rescued last March in the Channel of Sicily by the Italian Coast Guard. Italy is now being rivaled by Greek islands near Turkey's coast as the top destination for irregular migrants (File photo).  © Francesco Malavolta/IOM 2015