A propos de migrations
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Le phénomène migratoire compte parmi les grandes questions mondiales qui jalonneront le XXIème siècle, tant il est vrai que les personnes en mouvement de par le monde sont aujourd'hui plus nombreuses qu'elles ne l'ont jamais été. On estime qu'environ 192 millions de personnes se trouvent aujourd'hui hors de leur pays de naissance, ce qui représente environ 3 % de la population mondiale. En d'autres termes, une personne sur 35 dans le monde est un migrant. Entre 1965 et 1990, le nombre de migrants internationaux s'est accru de 45 millions, à raison d'une croissance annuelle de 2,1 % l'an. Aujourd'hui le taux de croissance annuel est d'environ 2,9 %. Le débat sur la question migratoire révèle de nombreux points de vue différents. Néanmoins, on constate une prise de conscience croissante de la réalité selon laquelle les migrations sont un élément essentiel et incontournable de la vie économique et sociale de chaque Etat, et que sous réserve d'être correctement gérées, elles peuvent se révéler bénéfiques tant pour les individus que pour les sociétés concernées. Les aspects du phénomène migratoire sont multiples et complexes. Il faut en tout cas citer ceux-ci:
Pour en assurer une gestion efficace, les décideurs et les praticiens doivent avoir une compréhension complète du phénomène pluridimensionnel que constitue la migration. Une approche globale et concertée de la gestion des migrations internationales s'impose par conséquent pour faire face aux pressions migratoires de ce siècle. Une telle approche suppose l'adoption de politiques et de programmes axés sur les relations entre migration et développement, la migration assistée, la migration régulée et l'attitude à avoir face à la migration forcée. Pour avoir une chance de réussir, les efforts déployés pour gérer les migrations internationales ne peuvent pas être entrepris unilatéralement par les gouvernements. Il existe de nombreuses tendances mondiales dans le contexte de mobilité où nous évoluons aujourd'hui qui sont susceptibles d'influer sur les flux migratoires et la gestion de ces flux, et notamment:
Au XXIème siècle, les mouvements de personnes sont appelés à s'intensifier encore sous l'effet des tendances ci-après: La libéralisation économique Le climat régnant dans le domaine des échanges commerciaux et des investissements a eu pour effet d'alimenter des flux migratoires soutenus. La demande accrue de main-d'œuvre dans les pays développés et l'offre de main-d'œuvre dans les économies peu développées ont conféré à la migration de main-d'œuvre un caractère mondial. L'énorme marché mondial de la main-d'œuvre a offert aux employeurs la chance de recruter des travailleurs migrants qui les mettent en mesure de réduire les coûts. En outre, la mondialisation et les moteurs qui la sous-tendent ont eu pour effet d'accroître la mobilité de la main-d'œuvre par delà les frontières. Cela a déjà entraîné une intensification des mouvements de travailleurs qualifiés. Les multinationales favorisent les mouvements de main-d'œuvre, et notamment de main-d'œuvre hautement qualifiée. Confrontées à de sérieuses pénuries de main-d'œuvre, les industries des pays développés explorent différentes politiques migratoires et manifestent leur préférence pour des mécanismes relativement souples. Les industries de services américaines et européennes en particulier prônent une « politique libérale » en matière de mouvements de travailleurs s'agissant de « prestataires de services », notamment dans l'hôtellerie et la restauration, l'informatique, les assurances et le secteur financier. Le déclin économique L'économie mondiale accuse une baisse de régime depuis le début de 2001. Le Fonds monétaire international a projeté une croissance mondiale inférieure de 3,2 % à celle des années précédentes. Il en a résulté une pression à la baisse de la migration de main-d'œuvre, surtout dans le domaine de la technologie de l'information (TI), dans la construction et dans les secteurs des industries manufacturières. Néanmoins, l'incidence réelle du déclin économique, en termes de retour de la main-d'œuvre immigrée dans les pays d'origine, n'a pas encore pu être établie. La crise financière de 1999 en Asie a montré que, dans leur majorité, les migrants tendent à rester dans le pays de destination, même lorsque les conditions se détériorent. Une récession temporaire n'entraîne pas forcément un bouleversement majeur des flux migratoires et il ne faut pas s'attendre qu'elle se traduise par un renversement majeur de tendances. L'évolution démographique La croissance démographique des pays développés et celle des pays en développement ne révèlent pas les mêmes tendances. Dans les pays développés, le taux de croissance annuel est aujourd'hui inférieur à 0,3 %, alors que dans le reste du monde, la population augmente presque six fois plus vite. Les changements démographiques se répercutent de deux façons sur les migrations internationales. Une croissance démographique rapide en parallèle avec des difficultés économiques incite les gens à partir de chez eux, tandis que le vieillissement et le déclin des populations incitent les gouvernements à ouvrir les robinets de l'immigration. La persistance d'un taux de fécondité bas dans les pays développés conduit à un vieillissement rapide de la population. Ainsi, la population « moins nombreuse et plus âgée » que les démographes entrevoient pour les pays développés dans les 50 années à venir pourrait être un facteur de mobilité accrue des populations. Selon les projections démographiques des Nations Unies, cette évolution de la démographie dans les 50 années à venir guette le Japon et l'ensemble des pays européens. C'est ainsi que la population de l'Italie qui est aujourd'hui de 57 millions d'habitants, devrait baisser à 41 millions d'ici à 2050. De même, la population du Japon passerait de 127 millions à 105 millions d'ici à 2080. En plus de ce déclin démographique, le Japon et les pays européens observent actuellement un vieillissement relativement rapide de leurs populations. S'il ne faut pas forcément y voir une solution en tant que telle, l'une des parades possibles face à ce problème pourrait être un processus graduel de « migration de remplacement ». L'émergence de "réseaux de migrants" Des réseaux de migrants originaires d'une ou plusieurs régions en particulier sont apparus, qui se sont révélés un facteur déterminant de la mobilité accrue des populations. Ils pèsent sur les décisions politiques prises par les pays d'accueil en plaidant pour une aide économique aux pays dont ils sont originaires. Ils influent en outre sur les relations économiques et commerciales entre les pays d'accueil et les pays d'origine et font pression pour la mise en place de processus d'intégration plus créatifs et plus productifs. L'émergence d'une migration transnationale La progression des techniques de transport et de communication qui ont pour effet de relier des lieux et des personnes partout dans le monde favorise l'émergence d'un « espace migratoire transnational ». Celui-ci va au-delà de l'espace géographique à l'intérieur duquel les migrants opèrent des va-et-vient entre les lieux qui leur sont devenus familiers. Outre les mouvements physiques, le flux d'information, les transferts de compétences et les rapatriements de fonds viennent compléter le tableau que constitue cet « espace migratoire transnational ». On voit ainsi disparaître graduellement la distinction entre « espace géographique » et « espace migratoire », avec ce que cela suppose de conséquences majeures sur les migrations internationales. Le résultat le plus immédiat de ce phénomène est l'acceptation croissante de la double citoyenneté, de la possession de biens dans différentes régions du monde et de la possibilité de voter dans plus d'un pays. Aujourd'hui, les Etats reconnaissent que l'appartenance à un lieu n'est plus liée à des considérations de territoire. Un nouveau type de relation « population - Etat », que l'on voit s'enraciner rapidement dans la politique internationale, est probablement de nature à influencer le cours futur de la mobilité humaine. Peu de pays gèrent efficacement les migrations Il y a à cela différentes explications, dont la moindre n'est pas le fait que peu de pays ont une politique migratoire définie et articulée. Il n'est guère facile de gérer quoi que ce soit en l'absence d'un cadre politique auquel se référer. Pourtant, même les pays qui disposent d'une politique migratoire cohérente s'appuyant sur des textes de loi éprouvent souvent de graves difficultés à gérer les migrations. Certains observateurs de la vie politique, surtout dans les pays développés, ont décrit la période allant du milieu des années 70 à l'époque contemporaine comme un quart de siècle d'incurie dans la gestion des migrations. Qui plus est, les mouvements à grande échelle n'ont pas cessé. La migration irrégulière est devenue l'un des problèmes majeurs de notre temps. Aujourd'hui, le trafic de migrants rivalise avec le trafic de stupéfiants en tant que source majeure de revenus de la criminalité organisée. La traite des êtres humains est devenue un sérieux problème d'envergure mondiale. La migration s'est hissée au premier rang des préoccupations des pays développés, à telle enseigne qu'elle figure maintenant en tête de l'agenda politique des pays du G8. On comprend sans peine les raisons qui poussent les habitants des régions les plus pauvres du globe à émigrer vers des contrées plus prospères. Il n'y a là rien de bien nouveau. De tout temps, les habitants de différentes régions ont quitté leur terroir dans l'espoir de trouver ailleurs de meilleures conditions de vie, et d'offrir à leurs enfants des opportunités plus favorables, ou simplement pour fuir la pauvreté, la guerre et la famine. Cette règle est inchangée depuis l'aube de l'humanité. De nos jours, avec les moyens modernes de transport et de télécommunications dont ils disposent, un nombre croissant d'hommes et de femmes se sentent motivés pour émigrer et en capacité de le faire. Les défavorisés de la planète n'ignorent plus rien des écarts énormes existant entre leur propre niveau de vie et celui des populations plus riches et plus avantagées du monde. Avec les moyens de transport modernes qui leur permettent d'atteindre ces pays en l'espace de quelques heures, cette opportunité ne leur paraît plus inaccessible. Par ailleurs, du fait de la mondialisation économique et de l'expansion constante de l'activité commerciale internationale, la mobilité de la main-d'œuvre très qualifiée fait l'objet d'une demande croissante. Pour tous les pays, le défi à relever consiste désormais à réguler et gérer ces mouvements migratoires de grande ampleur. |





