Dans les camps, la misère au féminin pluriel

Date Publish: 
07/11/10
Region-Country: 
Haïti / America fr

Dans les tentes et sous les bâches usées, les
survivantes ne pleurent plus, ou presque, leurs époux ou
proches ensevelis sous les gravats. Près de six mois
après le séisme qui a secoué Haïti et
tué près de 300 000 personnes, les femmes se battent
pour survivre.

Assise à l'ombre sur une chaise en bois, Stalia fait la
lessive entre les parois d'une rangée d'abris recouverts de
bâches. Son visage en sueur arrive difficilement à
dissimuler son sourire timide. Cette jeune mère de trois
enfants parle sans fausse honte de sa vie  d'inconfort depuis
le séisme du 12 janvier. « Je me sens mal à
l'aise. Sans intimité ni respect, ma vie n'est plus la
même », se désole-t-elle. Les ustensiles de
cuisine empilés près de la cuvette de lessive font
sentir la promiscuité dans laquelle patauge cette femme qui
fait plus âgée que sa trentaine. « Deux familles
cohabitent dans cette bicoque », raconte-t-elle, tout en
pointant du doigt un abri rapiécé de bâches et
marqué d'un graffiti à peine compréhensible.
Le camp où Stalia s'est installée compte quelque 47
000 personnes, entassées sur un terrain de foot au centre
sportif de Carrefour, banlieue sud de Port-au-Prince, la capitale
haïtienne.

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Dans ces abris, établis après le tremblement de
terre du 12 janvier, les femmes font face à la dure
réalité de la promiscuité. En dépit du
fait que certaines organisations internationales comme l'OIM
œuvrent dans ce camp au niveau de l'assainissement, les femmes
bénéficiaires jugent qu'il manque d'espaces
adéquats pour se baigner et s'habiller. Celles-ci se
plaignent également des services sanitaires, distincts pour
les hommes et les femmes, afin de diminuer les risques de violence
à l'égard des femmes.

« Ici, les conditions sanitaires sont déplorables,
juge Farvenise, âgée de 27 ans qui tresse les cheveux
blanchis de sa grand-mère. Les toilettes sont
empestées de moustiques et de vers, dévoile-t- elle.
Sinistrée résignée, elle les fréquente
par obligation.

Plus de 1 000 camps ont été identifiés dans
la région métropolitaine. Bon nombre d'entre eux ont
été installés sur des terrains
inappropriés, sans infrastructures sanitaires. Les camps
sont surpeuplés et dans ces conditions, les risques de
violence, de propagation de maladies contagieuses sont
énormes. Et les femmes, pour des raisons diverses, sont les
plus exposées.  « La situation est lamentable,
constate Yolette Mengual, Directrice de cabinet du ministre
à la Condition féminine et aux droits de la femme
(MCFDF). Certains camps font face à des problèmes
d'eau potable et de soins sanitaires. Sur chaque 100 femmes
consultées, 80 % d'entre elles présentent des
symptômes d'infections vaginales ».

Des efforts, selon la militante féminine, ont
été déployés par le ministère
à la Condition féminine de concert avec d'autres
organisations humanitaires en vue d'améliorer les conditions
sanitaires des femmes dans les camps. « Une structure mobile
d'intervention a été mise sur pied en vue
d'accompagner et d'encadrer les femmes dans les abris »,
explique la candidate malheureuse aux législatives de
2006.

Outre les conditions sanitaires, les violences dont sont souvent
victimes les femmes  pèsent lourdement dans la balance.
« Les nouvelles conditions d'existence des personnes
déplacées seraient de nature à faciliter les
violeurs et autres agresseurs des femmes dans leurs forfaits,
explique Myriam Espérance du Réseau des femmes pour
gagner. Présente dans plus de trois camps, se trouvant
à Martissant, (banlieue Sud de Port-au-Prince)
l'organisation dont elle est membre mobilise des groupes de
féministes  pour accompagner les femmes victimes de
violence dans ces camps.

Même si elle admet que bon nombre de camps ont
été sensibilisés sur la question, le
problème de violence sur les femmes n'est pas
complètement écarté. « Il est
nécessaire de poursuivre les actions de sensibilisation pour
faire cesser la violence », conseille-t-elle.

A travers son unité « Camp Management Operations
» (CMO), et de son équipe de santé, l'OIM joue
un rôle actif en matière de gestion de cas
particuliers de victimes/survivantes de violences
sexo-spécifique. Les équipes de CMO
réfère des cas précis à l'équipe
de Protection en matière de gestion de cas et de suivi avec
les victimes de violence. Le CCCM garde trace de chaque cas, de
manière confidentielle, mais fournit aux partenaires
appropriés ( les acteurs du cluster Protection,
Sécurité, Santé ) les numéros
d'identifiants des cas, le lieu où l'acte s'est
passé, afin de mieux planifier la fourniture des services.
Les équipes mobiles psychosociales de l'équipe de
Santé sont opérationnelles dans 21 camps et à
l'hôpital psychiatrique de Beudet, et fournissent un support
psychosocial direct aux communautés, y compris un support
spécifique aux victimes de violence.

L'OIM met également l'accent sur la formation en
matière de protection auprès du personnel de la
communauté humanitaire. Dans le cadre de la formation
hebdomadaire en direction des managers de camps, un module insiste
sur les mécanismes de suivi des cas de violence ou d'abus
qui ont eu lieu dans leurs camps.

De plus, grâce une relation étroite avec la Police
des Nations Unies (UNPOL) et la Joint Operations Task Centre
(JOTC), le CCCM Cluster commence à collecter et analyser des
données sur le nombre de faits de violence qui ont lieu
dans, ou autour des camps. Ces rapports permettent de
déterminer avec précision les lieux où se
déroulent les incidents, et d'analyser dans la durée
les tendances d'évolution, afin de planifier les efforts de
soutien et de plaidoyer en conséquence.

Enfin, les équipes de « site planning » de
l'OIM s'assurent que, lors de la construction de nouveaux sites,
des toilettes ainsi que des douches  séparées
pour les femmes et pour les hommes soient mises en place.

En effet,  des mesures prenant en compte les conditions des
femmes sont nécessaires. Les associations de femmes
suggèrent aux organismes humanitaires d'œuvrer vers la
mise en place de meilleures conditions, "plus humaines", au profit
des personnes déplacées et de plus d'un million de
sans-abris.

© IOM 2010 (Photo: Jared Bloch)