Arrivées de migrants en Europe par la Méditerranée en 2019 : 39 289 ; décès en mer : 840

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08/06/19
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Humanitarian Emergencies, Missing Migrants

Genève - D’après l’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, 39 289 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par la mer en date du 4 août 2019, soit une baisse de 34 pour cent par rapport aux 59 271 qui étaient arrivés pendant la même période l’an dernier.

Cette année, le nombre d’arrivées en Grèce et en Espagne s’élève à 18 947 et 13 568 respectivement (32 515 combinées), soit 83 pour cent du total régional. Une proportion plus faible est arrivée en Italie, à Malte et à Chypre. Les arrivées en Grèce sont 16 pour cent plus nombreuses que par rapport au total de 2018 à cette date. Le nombre d’arrivées en Espagne est en baisse de 43 pour cent.

Les décès enregistrés le long des trois itinéraires méditerranéens pendant les sept mois écoulés de 2019 s’élèvent à 840 individus - soit environ 45 pour cent des 1 517 décès confirmés pendant la même période en 2018 (voir tableau ci-dessous).

Les 840 décès en mer n’incluent toutefois pas les 20 personnes qui se seraient noyées pendant le week-end. Flavio Di Giacomo, de l’OIM en Italie, a rapporté lundi soir que 49 migrants sont arrivés à Lampedusa en début de journée sans escorte - apparemment sans aucun sauvetage d’unités officielles ou aucune opération d’ONG - ajoutant que les migrants arrivés ont vu au moins 20 de leurs compagnons de voyage tomber à l’eau pendant leur traversée. Les rescapés provenaient principalement de Côte-d’Ivoire.

Projet de l’OIM sur les migrants disparus

Pour la sixième année consécutive, en 2019, l’OIM s’emploie à recenser systématiquement les décès le long des itinéraires migratoires à travers le monde, par le biais de son Projet sur les migrants disparus (MMP). Depuis début 2014, le projet a enregistré les décès de 32 595 personnes, dont 1 637 en 2019, en date du 4 août (voir tableau ci-dessous).

En raison des difficultés de collecte d’informations sur ces personnes et des conditions de leur décès, le nombre réel de vies perdues pendant la migration est certainement bien plus élevé. Les rapports du Projet sur les migrants disparus ne doivent pas être perçus comme des indicateurs des risques associés à la migration mais plutôt comme étant représentatifs du nombre réel de décès à travers le temps et les régions du monde.

Depuis le début de l’année, environ la moitié des décès à travers le monde se sont produits le long de trois itinéraires à travers la Méditerranée. Ces décès sont inclus dans les 18 757 victimes enregistrées par le Projet de l’OIM sur les migrants disparus depuis 2014.

Plusieurs tragédies dans la Méditerranée ont été recensées depuis l’actualisation de la semaine dernière. Dans la Méditerranée centrale, environ 150 personnes ont perdu la vie dans un naufrage au large des côtes de Khoms, en Libye, le 25 juillet. Environ 134 rescapés ont été secourus par des pêcheurs et rapatriés vers les côtes par les garde-côtes libyens. Dans les jours qui ont suivi le naufrage, les corps de 43 personnes ont été repêchés, tandis que 107 personnes restent portées disparues.

Dans la Méditerranée occidentale, un jeune homme algérien aurait disparu en tentant de nager pour contourner la barrière frontalière bien gardée séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta près d’El Tarajal.

D’après l’OIM au Yémen, 93 migrants éthiopiens voyageaient à bord d’un bateau reliant Djibouti au Yémen lorsqu’il est tombé en panne. Environ 26 de ceux qui se trouvaient à bord étaient âgés de moins de 18 ans. Ils étaient bloqués dans le Golfe d’Aden depuis une semaine sans nourriture ou eau. Les rescapés qui ont réussi à atteindre le rivage à Al Buraiqeh, au Yémen, ont déclaré qu’environ 15 de ceux qui se trouvaient à bord étaient décédés, soit de déshydratation, de faim ou de noyade.

En Europe, le corps d’un homme a été retrouvé le 28 juillet dans le fleuve Evros dans la région nord-est d’Evros, à la frontière terrestre avec la Turquie. Depuis début 2019, le MMP a recensé 14 décès dans ce fleuve, qui forme une frontière naturelle entre la Grèce et la Turquie. En 2018, 55 décès ont été enregistrés le long de cette frontière, contre 14 entre 2014 et 2017. En outre, deux décès ont été signalés en Bosnie-Herzégovine, près de la frontière avec la Croatie : le 31 juillet, un jeune homme algérien a été retrouvé mort près de la ville de Velika Kladusa, et le lendemain, 1er août, un homme de nationalité inconnue a été percuté par un train près de Bihac.

Au Mexique, un homme salvadorien a été tué le 31 juillet alors qu’il tentait de monter à bord d’un train de marchandises à Saltillo, dans l’Etat de Coahuila. Cet incident a été signalé par le centre pour migrants à Saltillo, où l’homme avait séjourné avec son fils de huit ans depuis quelques jours avant de poursuivre son périple en direction du nord. Il fait partie des 75 personnes signalées mortes ou disparues par le MMP dans la région depuis le début de l’année, dont 12 étaient des enfants.

Parmi les décès enregistrés cette année, 21 pour cent étaient dus à la violence. En outre, dans l’Etat du Chiapas, au sud du Mexique, un Cubain de 46 ans est décédé le 2 août, vraisemblablement d’un arrêt cardiaque alors qu’il marchait dans la rue à Tapachula.

A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, au moins 27 personnes sont mortes au mois de juillet, tandis que six décès ont été enregistrés depuis le 1er août.

Plus récemment, les corps de trois personnes mortes de déshydratation ont été retrouvés dans différents comtés en Arizona, dont ceux de deux jeunes femmes. Dans les terres du comté de Maverick, au Texas, les autorités ont retrouvé les corps de deux hommes morts de déshydratation entre le 31 juillet et le 2 août. Au poste de police frontalier de Lordsburg, au Nouveau-Mexique, un homme de 32 ans originaire du Salvador est mort quelques heures après avoir été arrêté près d’El Paso par les agents de l’US Border Patrol. Il voyageait avec sa fille de 11 ans - ils cherchaient à rejoindre leur mère, qui vit aux Etats-Unis.

Plusieurs noyades ont aussi été rapportées dans le Rio Grande ces quelques derniers jours : les autorités américaines ont découvert le corps d’un homme dans le comté d’Hidalgo, le 25 juillet, tandis que les autorités de la protection civile mexicaines ont repêché un corps à Ciudad Acuña, Coahuila, le 28 juillet. Ils ont repêché trois autres corps entre le 29 juillet et le 2 août, à Nuevo Laredo, Tamaulipas. A Reynosa, les corps de deux hommes ont été découverts sur les rives du fleuve le 2 août. L’OIM estime qu’au moins 228 personnes ont péri le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique en 2019. D’après les données recueillies au fil du temps, 2 135 personnes ont été enregistrées comme décédées ou disparues le long de cette frontière depuis que le MMP a commencé à recueillir des données en 2014.

Cette année, le MMP de l’OIM a également signalé une forte hausse du nombre de ressortissants vénézuéliens qui ont péri pendant la migration depuis 2014, lorsque les chercheurs sur les migrants disparus ont commencé à documenter les décès de migrants à travers le monde.

Entre 2014 et 2016, le MMP a enregistré 7 décès de Vénézuéliens au total, aucun en 2017, avant d’enregistrer une montée en flèche à 42 pour toute l’année dernière. La moitié de ces décès en 2018 se sont produits en mer entre le Venezuela et les îles des Antilles néerlandaises de Curaçao et d’Aruba.

En 2019, après seulement six mois et demi, 82 décès ont été enregistrés, soit près de deux fois ceux enregistrés pour toute l’année dernière, et près de 60 pour cent de tous les décès de migrants vénézuéliens signalés depuis 2014 (voir tableau ci-dessous).

 

Au total, le MMP a enregistré les décès de 137 ressortissants vénézuéliens depuis 2014. Ces décès ont été enregistrés dans les pays suivants : Curaçao, Aruba, la frontière Etats-Unis/Mexique, la Colombie, l’Equateur, Trinité-et-Tobago et le Brésil.

Au total, au moins 485 personnes ont perdu la vie dans les Amériques en 2019, contre 358 à cette période en 2018, soit une hausse d’environ 35 pour cent.

Les données du Projet sur les migrants disparus sont recueillies par le personnel de l’OIM basé à son Centre mondial d’analyse des données sur la migration (CMADM) mais proviennent de sources diverses, dont certaines ne sont pas officielles. Pour en savoir plus sur la manière dont sont recueillies les données sur les décès et disparitions de migrants, cliquez ici (en anglais).

Le rapport Fatal Journey Volume 4, publié le 28 juin, comprend un aperçu des données du MMP au cours des cinq dernières années (2014-2018) et une actualisation sur ce que l’on sait des décès de migrants en 2019.

Téléchargez le tableau ici.

Pour des informations sur les dernières arrivées et décès dans la Méditerranée, veuillez cliquer ici. Pour en savoir plus sur le Projet sur les migrants disparus, cliquez ici.

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