C’est la Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains. Que devons-nous faire aujourd’hui ?

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07/31/17

On estime que des millions de personnes sont actuellement victimes de traite à travers le monde. Il est presque inconcevable de penser que derrière ces chiffres se trouvent des êtres humains et l’on peut penser que ce problème est insurmontable. Mais il ne l’est pas. Et à l’occasion de cette Journée mondiale contre la traite des êtres humains, nous devons croire que nous pouvons non seulement nous attaquer à ce problème mais aussi avancer en vue de son élimination.

Au sein de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’organisme des Nations Unies chargé des migrations que je dirige, nous faisons face à la traite d’êtres humains au quotidien. Nous savons que la traite suppose bien plus que l’enlèvement et la vente de personnes, le recrutement de personnes contre leur volonté et le prélèvement forcé de reins ou d’autres organes vitaux. La traite des êtres humains peut se produire de façon très subtile, comme les cas d’emploi de travailleurs qui paient des frais de recrutement et de placement, ne perçoivent pas leur salaire, ne peuvent pas quitter leurs employeurs et se retrouvent donc dans des situations de vulnérabilité dans lesquelles ils sont davantage exploités et deviennent victimes de traite. Les migrants empruntant des itinéraires migratoires réguliers ou irréguliers à travers le monde sont hautement vulnérables à ce genre de mauvais traitements. Bon nombre de migrants qui débutent leur périple en s’en remettant eux-mêmes aux passeurs peuvent aussi devenir victimes de traite en chemin.

Outre notre travail concret et celui de nos partenaires pour fournir une protection et une aide aux quelque 90 000 victimes de traite déjà identifiées au fil des années, nous œuvrons inlassablement en vue de recueillir et d’analyser des données mondiales sur la traite. Ainsi, nous pouvons collectivement améliorer et mettre en œuvre les meilleures pratiques et éclairer les politiques et programmes pour mieux lutter contre la traite d’êtres humains.

Par exemple, depuis 2015, l’OIM a interrogé plus de 22 000 migrants le long des itinéraires de la Méditerranée centrale et orientale. Il s’agit à ce jour du plus grand sondage explorant la vulnérabilité des migrants à la traite et à l’exploitation sur les itinéraires méditerranéens en route vers l’Europe. Environ 39% des personnes interrogées ont eu une expérience personnelle indiquant la présence de traite ou d’autres pratiques d’exploitation en chemin, dont bon nombre signalent des expériences directes de maltraitance, d’exploitation et de pratiques pouvant s’apparenter à de la traite. Pour le seul itinéraire central, une proportion choquante (73%) des personnes interrogées ont déclaré en avoir fait l’expérience. Grâce à ce sondage, l’OIM explore actuellement les facteurs qui déterminent la vulnérabilité des migrants à la traite et à l’exploitation pendant leur périple.

Nous entendons également faciliter l’analyse transfrontalière et interorganisations et fournir à la communauté luttant contre la traite les informations nécessaires pour promouvoir une meilleure compréhension de cette question complexe. A cette fin, nous lancerons prochainement une plateforme collaborative de données sur la lutte contre la traite (Counter-Trafficking Data Collaborative). S’appuyant sur les cas de victimes de l’OIM et de ses partenaires, elle sera la toute première plateforme de données en libre accès sur la traite des êtres humains.

A mesure que nous acquérons de nouvelles connaissances et de nouveaux outils, nous devons partager nos conclusions et communiquer avec les autres dirigeants mondiaux. En septembre, en vue d’élaborer le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », les gouvernements se réuniront pour débattre du trafic illicite de migrants, de la traite des êtres humains et des formes modernes d’esclavage, et notamment de l’identification, de la protection et de l’aide fournies aux migrants et aux victimes de traite. Telle sera notre chance à la fois de faire part de notre expertise acquise après plusieurs décennies de recherche et de pratique dans ce domaine et d’apprendre des autres.

Nous en savons plus aujourd’hui et comprenons mieux comment lutter contre la traite d’êtres humains, mais il reste de nombreuses questions sans réponse. Qu’est-ce qui rend les migrants vulnérables à la traite ? Que savons-nous de ceux qui en sont aujourd’hui les victimes ? Et comment faire en sorte qu’elle ne se reproduise pas à l’avenir ?

Nous n’avons peut-être pas encore toutes les réponses mais nous savons que nous devons regrouper toutes les données et connaissances que nous détenons et les transférer pour qu’elles profitent à tous. Nous ne connaissons pas toutes les personnes à risque mais nous savons que nous devons rendre la migration plus sûre, ordonnée et régulière pour rendre les migrants moins vulnérables. Nous ne connaissons pas exactement le nombre de victimes de traite mais nous savons qu’elles sont bien trop nombreuses.

La lutte contre la traite des êtres humains nécessite que nous trouvions les réponses à nos nombreuses questions. Elle suppose que nous soyons mieux à même d’intervenir, grâce à nos données, nos connaissances et nos outils, et que nous le fassions ensemble.

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William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) l’organisme des Nations Unies chargé des migrations