Le processus de prise de décision des migrants éthiopiens est le thème d’une nouvelle étude à Djibouti

Posted: 
10/25/19
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EUTF, Migration Research

Nairobi - Zinatou, seize ans, explique que ses difficultés d’apprentissage l’ont forcée à abandonner l’école en Ethiopie. Elle a rapidement envisagé de se rendre en Arabie saoudite en passant par Obock, un village côtier de Djibouti.

« J’ai suivi un groupe d’amis qui avait décidé de migrer », raconte-t-elle. « Ma famille n’était pas au courant de mon départ. » 

Zinatou est partie sans solution de secours. 

« Ce qui m’a le plus choquée était de voir des dépouilles de migrants abandonnées le long de la route. Nous avons vu des corps à deux endroits », confie-t-elle. « C’était difficile de les regarder parce que nous avions soif et nous avions peur de finir comme eux, abandonnés au bord de la route. » 

Une nouvelle étude de la plateforme régionale de données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Nairobi, au Kenya, vise à faire la lumière sur ces mouvements. Elle a pour but d’explorer le lien entre l’intégration des migrants, la prise de décision et les attentes des jeunes migrants éthiopiens qui entreprennent un périple migratoire. 

Entre janvier et juin 2019, l’OIM a suivi 238 219 mouvements le long de ce dangereux itinéraire. Les ressortissants éthiopiens étaient de loin majoritaires (95% de ceux qui se déplacent le long de l’itinéraire oriental), suivis des Somaliens (près de 5%), tandis que les nationalités restantes représentaient moins de 0,1 pour cent. 

L’étude est menée à bien avec le soutien de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants dans la corne de l’Afrique ; un programme de 43 millions d’euros financé par l’Union européenne qui se poursuit jusqu’en 2021. 

L’étude cible principalement les Ethiopiens âgés de 15 à 29 ans qui migrent pour la première fois. Pour compléter les témoignages recueillis de ce groupe, les migrants de retour et les migrants qui migrent à nouveau sont aussi interrogés. 

L’étude est structurée en deux parties : une quantitative et une qualitative, pour garantir une compréhension approfondie des dynamiques étudiées. 

Un autre migrant, Farah, raconte une histoire similaire tandis qu’il attend de rentrer en Ethiopie depuis Djibouti. « J’ai migré pour avoir une vie meilleure. C’est ma troisième tentative », raconte ce jeune homme de 23 ans. « La première fois, je me suis rendu en Arabie saoudite. J’y a travaillé pendant un an mais j’ai été expulsé. » 

La deuxième fois, il s’est retrouvé bloqué à cause de la guerre. Lors de sa dernière tentative en date, il a été intercepté par des garde-côtes au large des côtes de Djibouti. 

Pourtant, des dizaines de migrants originaires d’Ethiopie se rendent régulièrement à Djibouti, un pays aride qui sert également d’important point de transit pour les migrants à l’est de l’Afrique. Il s’agit principalement de jeunes hommes adultes et environ 20 pour cent d’entre eux ont moins de 18 ans. 

Leur principale destination est Obock, ville désormais associée aux migrants qui cherchent à traverser le Golfe d’Aden pour atteindre le Yémen, l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe, le long de l’itinéraire oriental. 

Mais il existe peu d’informations les concernant, si ce n’est que leurs déplacements sont motivés par le souhait d’une vie meilleure. 

Les informations recueillies lors de la phase quantitative de l’étude serviront à dresser un portrait plus clair des décisions prises par les migrants éthiopiens lorsqu’ils migrent, de la manière dont ils perçoivent leurs périples migratoires et de leurs attentes. 

Cette phase fournit également les premières informations sur les problèmes auxquels est confrontée cette population pendant la migration. Une fois que les données quantitatives sont analysées, des entretiens semi-structurés et des débats de groupe seront organisés pour explorer les thèmes émergents et recueillir des informations plus nuancées sur les motivations, les attentes et les espoirs des migrants. 

L’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique derrière le Nigéria, comptabilise le plus grand nombre de mouvements de migrants dans la corne de l’Afrique. 

L’étude est réalisée en étroite coordination avec les autorités gouvernementales nationales et locales concernées. L’OIM espère faire part de résultats préliminaires début 2020, et l’étude dans son intégralité sera disponible pour les acteurs concernés et le grand public sous forme de brochure et en ligne autour de la mi-année 2020. 

D’après Laura Nistri, responsable de la plateforme de données régionale de l’OIM, « le couloir migratoire oriental prédomine dans cette région, attirant principalement des dizaines de milliers de jeunes Ethiopiens qui cherchent à améliorer leurs conditions de vie et leur statut économique. » 

Et d’ajouter : « dans le même temps, un grand nombre d’entre eux sont régulièrement expulsés et renvoyés à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, en risquant leur vie lors de la traversée du Yémen déchiré par la guerre, tandis que la plupart des autres migrants travaillent dans des conditions difficiles dans le Royaume d’Arabie saoudite. » 

Pour plus d’informations sur les tendances de la mobilité dans la région d’Afrique de l’Est et de la corne de l’Afrique, la plateforme de données régionale vient juste de publier un nouveau rapport : A Region on the Move – Mid-year Mobility Overview (janvier à juin 2019).

A propos de l’Initiative conjointe UE-OIM

Financée par le Fonds fiduciaire de l’UE, elle est mise en œuvre en étroite coopération dans 26 pays d’Afrique au total. Le programme facilite la gestion de migrations ordonnées, sûres, régulières et responsables à travers l’élaboration de procédures et processus fondés sur les droits et centrés sur le développement en matière de protection et de réintégration durable. 

L’Initiative conjointe UE-OIM appuie la conception de politiques et programmes fondés sur des preuves en renforçant les données sur les mouvements migratoires et les sur les besoins et les vulnérabilités des migrants. Cela permet aux migrants et aux migrants potentiels de prendre des décisions en connaissance de cause à propos de leurs périples migratoires, et vise également à sensibiliser les communautés à la migration.

Pour plus d’informations, veuillez contacter le Bureau régional de l’OIM à Nairobi : Laura Nistri, Tel : +254 204 221 000, Email : lnistri@iom.int ou Wilson Johwa, Tel : +254 701 838 029, Email : wjohwa@iom.int 

  • Migrants walk through the barren landscape near Obock. Photo: IOM 

  • An IOM researcher at Obock interviews a migrant. Photo: IOM