L’endettement menace les résultats positifs de la migration en Asie du Sud-Est

Posted: 
05/10/19
Themes: 
Labour Migration

Bangkok - Selon une étude réalisée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’endettement peut empêcher les travailleurs migrants dans la sous-région du Mékong de tirer le maximum des avantages de leur expérience de migration et même aggraver leur situation économique et sociale lorsqu’ils rentrent chez eux. 

Avec un migrant sur six dans la sous-région se trouvant en situation d’endettement lorsqu’il rentre dans son pays d’origine, le rapport identifie l’endettement comme un facteur clé qui influence la réussite de la migration et comme un élément important dans le processus de décision des migrants. 

Les conclusions de l’étude, Debt and the Migration Experience: Insights from Southeast Asia, reposent sur des entretiens qualitatifs réalisés en 2018 auprès des migrants actuels et rapatriés au Cambodge, au Myanmar et en Thaïlande, ainsi que sur des données recueillies par l’OIM et l’Organisation internationale du travail (OIT) entre juillet et août 2016. 

Plus de 1 800 travailleurs migrants de retour ont été interrogés au Cambodge, en République démocratique populaire lao, en Malaisie, au Myanmar, en Thaïlande et au Vietnam. 

Le rapport suggère que l’endettement est souvent une cause principale de la migration car les familles contractent souvent des dettes pour faire face à des crises aigües comme la maladie et les mauvaises récoltes agricoles. La croissance et la disponibilité des prêts officiels proposés par les banques et les établissements de microfinance dans les zones rurales contribuent au changement des habitudes d’emprunt et augmentent l’endettement des familles les plus modestes. 

Dans certains cas, les prêts contractés peuvent être bien supérieurs au revenu moyen et la migration est de plus en plus perçue comme une stratégie d’adaptation en réponse à la pression de la dette. Au Cambodge par exemple, plus de 40 pour cent des familles recevant des envois de fonds déclarent que les fonds envoyés servent principalement à rembourser la dette. 

Les migrants contractent également des dettes pour financer leur périple. Le coût croissant de la migration et du recrutement dans la région, souvent pris en charge par les employés, poussent les migrants potentiels à emprunter de grosses sommes pour couvrir les frais de recrutement. Le remboursement total de ces emprunts peut prendre de quelques mois à plusieurs années. 

En outre, les dettes contractées par les migrants pour obtenir un statut légal ou prolonger leur séjour légalement sont une source d’inquiétude particulière. D’après l’étude, les coûts juridiques imprévisibles dans les pays de destination permettent difficilement aux migrants de les anticiper. Ils ont alors recours à l’emprunt et contractent ainsi une dette encore plus importante. 

Un lien fort entre endettement et vulnérabilité accrue à la traite et à l’exploitation a également été établi. Les migrants endettés sont plus susceptibles de faire des choix potentiellement risqués, choisissant souvent de continuer à travailler dans de mauvaises conditions. Les déductions de salaire faites par les employeurs pour couvrir les frais de recrutement peuvent également empêcher les travailleurs de changer d’emploi ou de démissionner. 

Il a également été démontré que l’endettement contribuait à des conséquences économiques, sociales et psychosociales négatives lorsque les migrants rentrent chez eux. Les migrants endettés sont plus susceptibles d’être en situation d’insécurité financière en raison de l’absence d’économies et de difficultés à faire prospérer leur entreprise ou à trouver un travail décent. 

Outre la diminution des ressources financières, les rapatriés endettés font également état de problèmes sociaux et psychologiques, notamment le sentiment de honte, d’embarras et la discrimination dans leurs communautés, mais aussi le harcèlement et la violence de leurs prêteurs. Ces pressions ne font que les pousser encore davantage à migrer à nouveau. 

« Les emprunts contractés dans des conditions justes et transparentes donnent accès à de nouvelles possibilités de travail à l’étranger. Mais ceux qui travaillent dans de mauvaises conditions augmentent leurs vulnérabilités existantes et cela crée de nouveaux risques pour les travailleurs migrants », a expliqué Nathalie Hanley, responsable de l’Unité d’aide aux migrants et de lutte contre la traite de l’OIM en Thaïlande. « Les tendances que nous avons observées ont soulevé des inquiétudes car l’endettement peut créer de nouvelles conditions dans lesquelles la migration devient davantage une question de survie que de développement dans certaines circonstances. » 

Pour alléger le poids de la dette sur les migrants, l’étude a mis en avant la nécessité de diminuer les coûts de la migration en faisant en sorte que les coûts de recrutement soient pris en charge par les employeurs. Elle fait également remarquer le besoin d’encourager et de simplifier les voies de migration légale qui éliminent la nécessité d’avoir recours à des agents ou à des intermédiaires. Un contrôle accru des violations des droits du travail dans les pays de destination est également recommandé. 

Parmi les recommandations émises pour les pays d’origine figurent : le renforcement des programmes de protection sociale afin d’éliminer le recours aux emprunts pour les besoins essentiels ; l’amélioration de la supervision et de la réglementation en matière d’octroi de crédits ; et la mise en place de possibilités et de lignes téléphoniques de réclamation pour les migrants potentiels, actuels et rapatriés. 

L’étude a été réalisée dans le cadre du Programme régional sur la migration en Asie de l’OIM - un projet régional de gestion des migrations financé par le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations (PRM) du Département d’Etat américain. 

L’étude Debt and the Migration Experience: Insights from Southeast Asia peut être téléchargée en anglais au format pdf : https://thailand.iom.int/debt-and-migration-experience-insights-south-east-asia 

Pour plus d’informations, veuillez contacter l’OIM en Thaïlande, Nathalie Hanley, Tel : +66 2 343 9337, Email : nhanley@iom.int ou Reuben Lim, Tel : +66 2 343 9370, Email : rlim@iom.int

  • Runkun lives in a makeshift shelter with her daughter and grandchildren by an unused railway track in Poipet, Cambodia. They survive on remittances sent by her children, who work in Thailand. Photo: IOM 2017 / Muse Mohammed.