Les filles vendues pour le travail forcé sont les principales de victimes de traite identifiées par l’OIM dans les camps de réfugiés au Bangladesh

Posted: 
10/16/18
Themes: 
Counter-Trafficking, Rohingya Crisis

Cox’s Bazar - Les jeunes filles vendues pour le travail forcé représentent le principal groupe de victimes de traite identifiées par l’organisme des Nations Unies chargé des migrations (OIM) dans les camps de réfugiés rohingyas au Bangladesh. 

Les experts de la lutte contre la traite de l’OIM dénoncent le fait qu’un an seulement après le début de la crise qui a vu croître le nombre de réfugiés rohingyas à Cox’s Bazar à près d’un million, d’autres familles désespérées envoient leurs jeunes filles travailler dans des situations dangereuses car la plupart des foyers n’ont aucun autre moyen de gagner de l’argent dans les camps. 

« Le nombre d’emplois dans le camp est très limité et pour les femmes, ils sont quasi inexistants. C’est pourquoi je suis allée chercher à l’extérieur du camp », a expliqué une jeune femme rohingya, qui a fini par être forcée à travailler pendant de très longues heures pour un salaire dérisoire dans l’industrie piscicole. 

Les derniers chiffres montrent que les femmes et les filles entraînées dans des situations de travail forcé représentent les deux tiers de ceux ayant reçu l’aide de l’OIM à Cox’s Bazar après avoir fui ou avoir été retirées d’une situation d’exploitation. Quelque 10 autres pour cent des victimes identifiées étaient des femmes et des filles victimes d’exploitation sexuelle. 

Les agences de sécurité bangladaises ont déclaré avoir empêché jusqu’à 60 femmes et filles de tenter de quitter les camps par petits groupes chaque jour, dont bon nombre auraient été formées à répondre aux questions mais leurs réponses quant aux personnes qu’elles étaient supposées rencontrer se sont avérées peu claires.

 Les experts de l’OIM soulignent que les hommes et garçons sont aussi la cible des trafiquants, représentant un tiers des personnes ayant subi une situation de travail forcé. 

« Nous avons du mal à répondre à nos besoins quotidiens et il n’y a aucune perspective de trouver un travail à l’intérieur du camp. Nous avons donc décidé d’aller chercher à l’extérieur du camp », a confié un père rohingya, qui a fini par travailler de longues heures sans salaire et être physiquement maltraité par son employeur. 

« Les histoires que nous entendons régulièrement sont celles de personnes vulnérables approchées par des trafiquants qui leur font de fausses promesses de travail et d’une vie meilleure. D’autres ont conscience du danger mais ont le sentiment que leur situation est désespérée au point d’être prêts à prendre des mesures extrêmes, sacrifiant parfois un membre de la famille pour le reste de la famille », a déclaré Dina Parmer, responsable des services de protection à Cox’s Bazar. 

« Les hommes, les femmes et les enfants sont tous exposés au risque d’exploitation par les trafiquants. Mais dans cette situation, la demande de filles et de jeunes femmes pour travailler en tant que domestiques en fait des cibles privilégiées. Une fois victimes de traite, leur jeunesse, leur manque d’expérience et leur isolement les rendent particulièrement vulnérables aux exactions », a-t-elle ajouté. 

L’OIM fournit un soutien aux survivantes, notamment des soins de santé physique et mentale, une aide juridique, un abri sûr, une assistance d’urgence en espèces et un accès à des moyens de subsistance sûrs, notamment à des programmes de travail contre rémunération. 

Le personnel de l’OIM chargé de la lutte contre la traite et de la protection a déjà aidé près d’une centaine de personnes qui ont fui des situations de traite et sont retournées à Cox’s Bazar depuis le début de la crise des réfugiés rohingyas en août 2017. Mais d’après Dina Parmer, ce nombre ne représente qu’une partie des personnes tombées entre les mains des trafiquants pendant cette période. 

Malgré les données limitées dues à la nature clandestine du crime et à la réticence généralisée des victimes à se manifester en raison des préjugés et de la crainte de représailles, les chiffres donnent un aperçu clair des principales formes de traite utilisés contre les réfugiés rohingyas à Cox’s Bazar et fournissent des informations importantes sur les personnes les plus à risque. 

Près d’un million de réfugiés rohingyas vivent aujourd’hui à Cox’s Bazar après que la violence au Myanmar l’année dernière a poussé plus de 700 000 personnes à fuir de l’autre côté de la frontière au Bangladesh. La grande majorité d’entre eux vivent dans des abris faits de bambou et de bâches en plastique dans ce qui est devenu le plus grand camp de réfugiés du monde. 

Ne pouvant pas quitter les camps, et étant totalement dépendants de l’aide pour leur survie (excepté un nombre limité de programmes de travail contre rémunération auprès des organismes humanitaires et quelques petites possibilités de commerce au sein des camps), les réfugiés sont des proies faciles pour les trafiquants, qui leur promettent un transport et un accès à un emploi lucratif à l’extérieur. D’autres réfugiés acceptent des emplois dangereux ou finissent par tomber dans le piège du mariage forcé ou précoce. 

Sur les 99 cas de victimes de traite et réfugiés exploités identifiés dans le cadre du programme de lutte contre la traite de l’OIM à Cox’s Bazar pendant l’année écoulée, 35 étaient des filles, 31 des femmes, 25 des hommes et huit des garçons. Cinq femmes et quatre filles s’étaient retrouvées dans des situations d’exploitation sexuelle tandis que quatre ont réussi à s’enfuir avant de devenir elles aussi victimes. 

D’après Dina Parmer, les expériences de vie difficiles, le manque de possibilités d’éducation en raison de la discrimination à long terme contre les Rohingyas au Myanmar et l’illettrisme généralisé rendent la communauté réfugiée extrêmement vulnérable. « Pour s’assurer que la communication soit efficace, elle doit être adaptée au contexte culturel et social et nous devons être créatifs dans notre manière de les sensibiliser », a-t-elle déclaré. 

L’OIM au Bangladesh œuvre avec ses partenaires pour trouver des moyens innovants de diffuser des messages sur les dangers de la traite aux réfugiés. Une série d’illustrations de bandes-dessinées relatant des histoires réelles de victimes de traite est utilisée par les travailleurs sociaux pour sensibiliser dans les camps. 

Young Power in Social Action (YPSA), une ONG partenaire de l’OIM, fait également appel au théâtre de rue et à la musique dans les camps pour sensibiliser sur les risques et attire de nombreux résidents. 

« La lutte contre la traite nécessite un effort commun. Les autorités, les agences des Nations Unies, les partenaires locaux et les communautés doivent travailler ensemble et se soutenir dans la reconnaissance et dans la réduction des risques », a conclu Dina Parmer. 

Depuis septembre 2017, l’OIM a organisé plus de 50 sessions de sensibilisation auprès d’un millier de réfugiés à qui ils ont fait passer leurs messages et qui peuvent, à leur tour, partager avec leur communauté. Les experts de l’OIM aident également d’autres organismes dans leurs messages et activités de lutte contre la traite. En outre, plus de 100 agents des forces de l’ordre bangladais à Cox’s Bazar ont participé aux formations de lutte contre la traite de l’OIM. 

Les activités de lutte contre la traite de l’OIM à Cox’s Bazar sont financées par les gouvernements du Canada, du Suède, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et de l’Union européenne. 

Plus d’informations sur les activités et les approches de la lutte contre la traite de l’OIM sont disponibles ici (en anglais). 

Regardez ici les artistes de rue de l’OIM/YPSA en action lorsqu’ils sensibilisent à la traite. 

Pour plus d’informations, veuillez contacter Fiona McGregor, OIM Cox’s Bazar, Tel. +88 0 1733 335221. Email : fmacgregor@iom.int

  • Rohingya refugees watch a street performance aimed at raising awareness of the risks of trafficking in the Cox’s Bazar refugee camps. Photo: IOM 2018.

  • IOM/YPSA’s street performers in action as they raise awareness of trafficking.