Les hommes ont aussi besoin d’un soutien psychosocial, comme toutes les autres populations touchées

Posted: 
10/15/19
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IOM

Addis-Abeba – Au lendemain d’une crise, il est courant pour la communauté humanitaire de se centrer sur les personnes vulnérables et il s’agit souvent des enfants, des femmes et des personnes handicapées. On pense souvent que les hommes n’ont pas besoin de soutien psychosocial. Souvent, les centres communautaires comme les espaces consacrés aux enfants sont destinés à accueillir les femmes et les enfants.

Lors d’une funeste nuit d’octobre 2018, Motuma*, marié et père de six enfants, était dans sa maison de Wollega Est (Région éthiopienne d’Oromia central) lorsque le conflit interne a éclaté dans la région adjacente du Benishangul et s’est propagé dans sa ville. Tout est arrivé très vite et de manière extrêmement violente. Motuma a vu des gens se faire tuer tandis que lui – et le reste de sa famille – tentaient de fuir la zone dans l’espoir de laisser la violence derrière eux.

Une fois arrivés dans une ville voisine relativement sûre et lorsque la situation s’est calmée, Motuma a décidé de retourner dans son village. Il prévoyait de récupérer certaines affaires de sa famille et de jeter un œil sur son troupeau de 20 bêtes.

Motuma est resté choqué devant sa maison incendiée et réduite à néant, avec toutes ses affaires pillées. Pour ne faire qu’aggraver les choses, certains des assaillants étaient toujours présents dans sa propriété. Motuma s’est enfui et a réussi à semer ses poursuivants, jusqu’à une forêt où il s’est caché pendant plusieurs jours sans eau ni nourriture. Lorsqu’il a jugé sûr de quitter la forêt, Motuma s’est rendu dans un site de déplacés internes où il a été réuni avec sa famille.

Motuma fait partie des 390 000 hommes adultes qui ont été déplacés pendant le conflit qui a déplacé plus de 2,3 millions de personnes l’an dernier. Depuis, il peine à se remettre de la détresse dont il a souffert.

« Je me sens complétement détruit et même si je vais mieux maintenant, je doute que ma vie ne soit comme avant après ce que ma famille a vécu. » Même dans la sécurité relative d’un centre collectif, la nourriture était rare, les terres, les moyens de subsistance et toutes leurs affaires étaient perdus pour toujours et la douleur de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille – ce qu’il pouvait encore faire auparavant – était insupportable pour Motuma. Il y a même certaines fois où sa famille a dû dormir dehors et est tombée gravement malade lors de conditions météorologiques difficiles.

Après l’incident, Motuma était submergé par la situation, n’avait presque plus d’énergie, s’est isolé, dormait mal et a même fait une tentative de suicide pour mettre fin à ce sentiment de désespoir. « J’avais l’impression de porter toute la misère du monde sur mes épaules, de ne pas pouvoir aider ma famille comme je le souhaitais. Je me sentais inutile, honteux et coupable de ne pas répondre à leurs besoins. »

Melat* - la femme de Motuma – l’a dissuadé de se suicider et après avoir participé à une session de sensibilisation organisée par l’OIM pour les personnes ayant des besoins psychosociaux, il a été orienté vers un soutien psychologique pendant sept semaines.

Au fil des semaines, Motuma a retrouvé espoir et sa force mentale, a commencé à se débarrasser de ce sentiment d’être jugé négativement par sa famille et ses proches et a commencé à se centrer sur ce qu’il pouvait faire plutôt que ce qu’il ne pouvait pas faire. Après quelques séances avec des thérapeutes de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui utilisent une approche centrée sur la personne, Motuma se trouve désormais dans un meilleur état et a suffisamment récupéré sans avoir recours à des médicaments psychotropes, traitement qu’il a refusé. Il a recommencé à travailler dans les champs avec le soutien d’autres projets de secours d’urgence de l’OIM.

Doucement mais sûrement, les séances de thérapie l’ont aidé à retrouver sa volonté de vivre pleinement en réactivant sa résilience personnelle et en l’aidant à creuser au plus profond pour trouver sa force intérieure. Tandis que Motuma reconstruit sa vie grâce à sa confiance retrouvée, il sert d’exemple pour montrer combien il est important de reconnaître qu’il n’y a pas d’âge ou de sexe pour avoir besoin d’un soutien psychosocial.

« Le besoin de soutien psychosocial pour les hommes et de services appropriés pour eux est souvent minimisé par les organisations humanitaires et les donateurs mais les hommes sont tout aussi touchés mentalement que le reste de la communauté lorsqu’il s’agit de déplacement, et les services doivent les intégrer », a déclaré Stéphanie Duvergé, coordonnatrice du Projet psychosocial de santé mentale pour l’OIM en Ethiopie.

« En octobre, pour célébrer la Journée mondiale de la santé mentale, nous avons transmis le message important dans nos supports de communication que « tout le monde peut être touché mais tout le monde peut guérir », a déclaré Stéphanie Duvergé, ajoutant que le message de cette année d’œuvrer ensemble pour prévenir le suicide mettait cette préoccupation en évidence.

*Les noms ont été modifiés pour protéger la vie privée des personnes.

Pour plus d’informations, veuillez contacter Stéphanie Duvergé, OIM Ethiopie, Tel. +251 11 6611117, mduverge@iom.int ou Alemayehu Seifeselassie, Tel. +251 11 6611117 (ext. 1455), mobile : +251 91 163 9082, email : salemayehu@iom.int

  • L’OIM en Ethiopie a marqué la Journée mondiale de la santé mentale avec le message : tout le monde peut être touché, mais tout le monde peut guérir.

  • L’OIM en Ethiopie a marqué la Journée mondiale de la santé mentale avec le message : tout le monde peut être touché, mais tout le monde peut guérir.