Les restrictions dues à la COVID-19 ont un impact sur l’orientation des victimes de traite au Royaume-Uni

Posted: 
11/06/20
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COVID-19, Counter-Trafficking

Londres - Il y a eu moins de cas potentiels d'esclavage moderne identifiés depuis que le Royaume-Uni a commencé à répondre à la COVID-19, et la fourniture d'aide dont les survivants ont besoin est devenu plus difficile. Ce sont les conclusions communiquées lors d’une table ronde à l’occasion de la Semaine contre l'esclavage organisée par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

En 2019, 10 627 victimes potentielles de traite ont été identifiées au Royaume-Uni et orientées vers un soutien, soit une augmentation de 52 pour cent par rapport à 2018.

La décision de fermer les entreprises non essentielles et d'autres mesures de confinement semblent avoir eu un impact immédiat et tangible sur le signalement des cas. Entre avril et juin, 23 pour cent de moins de victimes potentielles ont été orientées vers le Mécanisme national d'orientation (NRM en anglais) par rapport au premier trimestre 2020, soit 5 pour cent de moins qu'à la même période l'an dernier.

Un examen plus approfondi des récentes orientations depuis la réponse à la COVID-19 montre également des changements dans les types d'exploitation signalés.

« Le nombre d'orientations de victimes potentielles d'exploitation au travail a chuté de façon spectaculaire, une tendance qui peut être considérée comme une conséquence des types de lieux de travail dans lesquels les victimes potentielles d'exploitation au travail pourraient travailler, comme les restaurants, les salons de manucure, les chantiers de construction et les stations de lavage de voitures, qui ont été fermés en raison des restrictions nationales », a déclaré Patrick Burland, chargé de projet à l'OIM au Royaume-Uni.

« Pendant ce temps, la proportion d’orientations vers le NRM au Royaume-Uni pour exploitation criminelle a augmenté de manière significative. En effet, 70 pour cent des enfants et 45 pour cent des adultes orientés d'avril à juin 2020 ont été signalés comme victimes potentielles d'exploitation criminelle ».

Au cours d'une table ronde organisée par l'OIM au Royaume-Uni la semaine dernière pour marquer la Journée contre l’esclavagisme cette année, les praticiens ont averti qu'il y avait probablement un écart important entre l'ampleur réelle du crime de traite d’êtres humains et d'esclavage moderne et le nombre de victimes potentielles actuellement orientées vers le NRM. Alors que les migrants constituent la majorité des cas orientés, le nombre de ressortissants britanniques orientés vers le NRM a augmenté pour atteindre 44 pour cent de l'ensemble des cas orientés. 

Ces données montrent que n'importe qui peut devenir victime de l'esclavage moderne, et qu'il est crucial de sensibiliser le grand public sur la manière de repérer les signes d'exploitation et de maltraitance. 

Parmi les intervenants, outre Patrick Burland de l'OIM, figuraient Alex Balch (professeur de politique à l'Université de Liverpool), Tatiana Gren-Jardan (chef de l'Unité de l'esclavage moderne, de la justice & de la prise en charge), Pam Bowen CBE (haut conseiller juridique, Service des poursuites de la Couronne), et Rebecca Helme (responsable de l'équipe de réponse à l'esclavage moderne, Hestia). 

« Il est plus important que jamais que les parties prenantes œuvrant pour la lutte contre l'esclavage moderne au Royaume-Uni partagent leurs informations et leurs pratiques sur la manière dont elles s'adaptent à ce scénario en constante évolution, afin de pouvoir façonner les réponses futures et améliorer la capacité à poursuivre le travail de soutien aux survivants, malgré les restrictions dues à la COVID-19 qui seront probablement en place pendant un certain temps », a déclaré Dipti Pardeshi, chef de mission de l'OIM au Royaume-Uni.

Les effets de la COVID-19 ont été particulièrement graves pour la santé mentale des survivants.  

« Comme nous le savons tous, être forcé de rester confiné chez soi tout le temps est difficile », a déclaré Rebecca Helme d'Hestia. « Mais, pour les survivants de l'esclavage moderne, cette expérience leur a rappelé des traumatismes passés ».

Dans l'ensemble, l'impact de la COVID-19 s'est traduit par une augmentation des inégalités pour les survivants de traite et par l'inaccessibilité au soutien et à l'aide. Les prestataires de services ont également réagi de manière créative pour assurer un contact plus régulier avec les survivants en s'appuyant sur la technologie. 

Enfin, pour aider les survivants à reconstruire leur vie, l'OIM au Royaume-Uni vient de lancer un programme de développement des compétences pour les personnes qui ont survécu à la traite, et cette formation sera initialement dispensée en ligne. 

Le programme a été adapté pour répondre de manière pratique aux besoins et aux défis actuels dus à la COVID-19. Ce soutien est particulièrement important car les circonstances actuelles peuvent rendre les survivants plus vulnérables à la traite.

Pour plus d'informations, veuillez contacter Abir Soleiman, OIM UK, Tél : +44 (0)7470195306, Email : asoleiman@iom.int

  • La fermeture d'entreprises non essentielles et autres mesures de confinement semblent avoir eu un impact immédiat et tangible sur les signalements ; 23 pour cent de moins de victimes de traite potentielles ont été orientées vers le Mécanisme national d'orientation (NRM) par rapport au premier trimestre 2020, soit 5 pour cent de moins qu'à la même période l'an dernier. Photo : IOM