L'OIM appelle à agir pour soutenir les familles de migrants disparus

Posted: 
04/09/21

Berlin – Des dizaines de milliers de personnes vivent dans la douleur et l'incertitude de ne pas savoir ce qu'il est advenu de leurs proches portés disparus ou morts au cours de périples migratoires dans le monde entier. Outre le coût psychologique, leur vie peut être marquée à jamais par les nombreux impacts psychosociaux, juridiques et financiers liés à la disparition de leurs proches.  

« Les familles de migrants disparus ont peu de visibilité et leurs besoins sont à peine abordés », a déclaré Frank Laczko, Directeur du Centre mondial d'analyse des données sur la migration (CMADM) de l'OIM à Berlin.  

« Outre l'impératif moral, l'objectif 8 du Pacte mondial sur les migrations appelle spécifiquement les États à identifier les personnes décédées ou disparues, et à faciliter la communication avec les familles concernées. Ceci est applicable quel que soit le statut migratoire de la personne disparue ou la situation de sa famille. »  

Dans le but de donner une voix à ces familles, le CMADM a mené une étude qualitative auprès de familles qui recherchent des migrants disparus dans plusieurs pays, afin de mieux comprendre les défis auxquels elles sont confrontées pendant leurs recherches et comment elles peuvent être mieux soutenues.   

Les résultats de cette étude en Ethiopie sont présentés dans un rapport publié aujourd'hui et intitulé Families of missing migrants: Their search for answers, the impacts of loss and recommendations for improved support in Ethiopia (en anglais). Les résultats de l’étude menée auprès des familles de migrants disparus au Royaume-Uni, en Espagne et au Zimbabwe seront publiés au cours des prochains mois.   

D’après le projet de l'OIM sur les migrants disparus et le Bureau du travail et des affaires sociales d'Éthiopie, entre 2012 et 2020, au moins 7 000 Éthiopiens sont morts ou ont disparu le long des itinéraires migratoires vers l'Afrique du Sud, l'Afrique du Nord, l'Europe et les États du Golfe. Il existe également des cas de migrants disparus en transit ou dans les lieux de destination qui ne figurent pas dans cette liste. Il est probable que la plupart de leurs familles, que ce soit en Éthiopie ou ailleurs, n'ont aucune certitude sur ce qui leur est arrivé.   

En Éthiopie, comme dans les autres pays étudiés, il n'existe pas de mécanismes clairs, centralisés ou officiels permettant de signaler les disparitions de migrants, ce qui oblige les personnes craignant qu'il soit arrivé quelque chose à leurs proches au cours de leur voyage à rechercher des informations de manière informelle, par le biais d'autres migrants, de facilitateurs de trafic illicite et des réseaux sociaux.   

Les lacunes en matière d'information et l'absence de mécanismes de recherche efficaces donnent lieu à une prévalence d'escroqueries, de fraudes et d'extorsions ciblant les familles à la recherche de leurs proches. Dans certains cas, des Éthiopiens ont raconté que des membres de leur famille avaient emprunté le même itinéraire migratoire que leurs proches disparus pour tenter de découvrir ce qui leur était arrivé, et que ce faisant, ils avaient été confrontés aux mêmes dangers en chemin.  

Suite à la disparition de leur proche, les familles interrogées en Éthiopie ont décrit avoir éprouvé un large éventail de problèmes physiques, psychologiques et comportementaux, allant de l'anxiété, la dépression, le désespoir, le stress, la tristesse et la solitude aux troubles du sommeil, à l'incapacité de se concentrer, à la perte d'appétit et à la paralysie. Incapables d'obtenir la confirmation du sort de leurs proches et de l'endroit où ils se trouvent, les familles ne peuvent pas demander l'aide des systèmes d'assurance communautaires, et la charge financière accrue affecte de manière disproportionnée les femmes et les parents âgés. Un père de deux fils disparus déplore :  

« Mes fils étaient mon espoir. L'un d'eux est mort en plein périple migratoire. Le second est parti à sa recherche et a tenté sa chance pour atteindre l'Afrique du Sud. Il a lui aussi disparu. C’était l’an dernier, il a appelé après arrivé au Malawi. Il n'a plus jamais rappelé. Je meurs deux fois : [parce que] je les ai perdus et [parce que] j'ai perdu l'espoir. Ils m'aidaient à labourer et à cultiver les terres. Ils étaient ma fierté. Ils étaient mon espoir. Je vieillis et je m'affaiblis. Je ne peux pas travailler. Je compte sur mes proches pour les travaux agricoles, mais ils ne peuvent m'aider qu'après avoir terminé leurs propres tâches. »  

« Les personnes qui perdent leurs enfants, leurs conjoints et d'autres proches ne sont pas des victimes passives. Les familles en Éthiopie ont développé leurs propres structures de soutien communautaire pour chercher des réponses », a déclaré Kate Dearden, l'une des coordonnatrices de l'OIM pour ce projet.   

« Toutefois, des outils et des services financés par l'État sont nécessaires de toute urgence pour signaler et résoudre les cas de migrants disparus dans d'autres pays, ainsi que pour aider les familles à faire face aux impacts de cette situation. Cela nécessite une approche humanitaire de cette question et une coopération soutenue entre les pays. »  

  

Retrouvez le nouveau rapport « Families of missing migrants: Their search for answers, the impacts of loss and recommendations for improved support - Ethiopia » ici (en anglais). 

Cliquez ici pour lire certains des témoignages de familles de migrants disparus en Éthiopie.  

« Living without them – Stories of families left behind» est une série de podcasts en 4 parties produite par l'OIM sur le projet de recherche avec les familles de migrants disparus. Ecoutez le premier épisode ici (en anglais). 

Pour plus d'informations, veuillez contacter : 

Krizia Kaye Viray, OIM Ethiopie, Email : [email protected], Tel : +251 11 1301243, M. +251 353 1220 ou Kate Dearden au Centre mondial d'analyse des données sur la migration de l'OIM (Berlin), Email : [email protected], Tel : +49 3027 877832 

  • L'absence et le sort inexpliqué d'un être cher ont des effets multidimensionnels dans la vie des personnes qu'ils laissent derrière eux. Illustration : Salam Shokor / OIM 2021