L’OIM appelle à mieux protéger les migrants et les Yéménites après une visite au Yémen

Posted: 
05/08/18
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Humanitarian Emergencies

Sana’a - Suite à une visite cette semaine (02-06/05) au Yémen, Mohammed Abdiker, Directeur des opérations d’urgence de l’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, a confié être « extrêmement préoccupé par la situation épouvantable et inhumaine dans laquelle se trouvent les migrants au Yémen » et a appelé la communauté internationale et les autorités du pays à « fournir un soutien et une protection renforcés. »

« En août dernier, le monde a été choqué d’apprendre que de nombreux adolescents éthiopiens et somaliens rêvant d’une vie meilleure ont été jetés par-dessus bord par des passeurs au large du Yémen et se sont noyés », a déclaré M. Abdiker en quittant le Yémen dimanche (06/05). « Ce choc n’a jamais donné lieu à une meilleure protection pour d’autres jeunes, qui n’ont, eux aussi, rien d’autre que l’espoir d’une nouvelle chance loin de leurs foyers ruraux et qui ne peuvent emprunter qu’un itinéraire de migration meurtrier à travers une zone de conflit. »

Le nombre de migrants entrant au Yémen chaque mois est estimé à 7 000 et le nombre total d’arrivées de migrants en 2017 avoisinait les 100 000. La grande majorité cherche à atteindre les pays du Golfe, en particulier le Royaume d’Arabie saoudite.

Les migrants quittent souvent leur domicile à pied et traversent Djibouti. De là, ils embarquent à bord de bateaux à travers le Golfe d’Aden jusqu’aux gouvernorats d’Aden, de Lahij, de Shabwah et de l’Hadramaout au Yémen, puis tentent de faire route en direction du nord vers la frontière saoudienne. Certains travaillent illégalement dans des exploitations de qat au Yémen, pour gagner suffisamment d’argent pour financer le reste de leur périple. A différents stades sur le chemin, ils font appel à des passeurs, notamment pour la traversée maritime jusqu’à la frontière saoudienne. Le nombre total de migrants actuellement présents au Yémen est inconnu.

Aussi bien sur le chemin qu’une fois arrivés au Yémen, de nombreux migrants souffrent d’exactions commises par des passeurs cruels et d’autres criminels, notamment des violences physiques et sexuelles, des actes de torture contre rançon, de longues périodes de détention arbitraire, de travail forcé sans aucune rémunération et sont même exposés à la mort.

« J’ai rencontré des adolescents en grande détresse de par tout ce qu’ils ont déjà vécu dans leur courte vie », a expliqué M. Abdiker. « Ils ne sont que des marchandises pour les passeurs, un bien qui leur fait gagner de l’argent facilement et rapidement et s’ils meurent, les passeurs n’en n’ont que faire car des milliers d’autres sont prêts à payer pour leurs services et risquer leur vie pour tout simplement construire une maison pour leurs parents, scolariser leurs enfants ou pour toute occasion qui se présenterait à eux. »

Certains migrants se retrouvent pris dans le conflit, subissent des blessures ou meurent après avoir été bombardés. D’autres sont amenés dans des centres de détention. « Tant qu’aucune poursuite ne sera lancée contre ceux qui s’en prennent à ces jeunes vulnérables, l’aide humanitaire ne restera qu’un pansement - bien sûr, elle sauve des vies, mais nous devons bien plus que cela à ceux qui en sont les proies », a déclaré M. Abdiker.

« Le récent rapport de Human Rights Watch et Vice News a montré que de nombreux migrants détenus au Yémen sont traités de façon effroyable. Nous saluons la fermeture du Centre dont il est question dans ce rapport et les poursuites contre ceux qui ont commis ces crimes contre les migrants. Toutefois, nous savons qu’il ne s’agit pas que d’un incident isolé, nous appelons donc tous ceux qui détiennent des migrants au Yémen à les traiter avec dignité et compassion », a poursuivi M. Abdiker.

« Aucun migrant ne devrait être détenu, encore moins des enfants, mais puisque ces centres existent encore, l’OIM milite pour leur fermeture et offre son appui aux autorités pour améliorer les conditions de vie des migrants dans ces centres de détention. Nous n’avons actuellement accès qu’à trois centres de détention, où nous fournissons une aide humanitaire et offrons un moyen de rentrer chez eux dans la dignité à ceux qui le souhaitent. Nous fournissons aux enfants une aide pour retrouver leur famille et les réunissons avec leurs proches dès lors que cela est sans danger. »

En 2017, l’OIM a aidé environ 2 900 migrants et réfugiés à rentrer chez eux depuis le Yémen : 73 pourcent d’entre eux étaient des Somaliens, 25 pourcent des Ethiopiens et 2 pourcent d’autres nationalités. L’OIM a également aidé 197 migrants et réfugiés éthiopiens et 939 somaliens à rentrer chez eux volontairement à ce jour (08/05) en 2018. Le retour spontané des réfugiés somaliens s’effectue en collaboration avec le HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Pendant sa visite au Yémen, M. Abdiker s’est rendu dans un centre de rétention pour migrants à Sana’a dirigé par l’Autorité de l’immigration, des passeports et de la naturalisation (IPNA), où l’OIM fournit une aide d’urgence à des centaines de migrants.

Cette aide, fournie en coopération avec les autorités, est centrée sur la distribution de nourriture, la fourniture de soins de santé, de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène et d’un soutien psychosocial. Quelque 97 pourcent des détenus sont des Ethiopiens et le groupe est composé de dix filles, 12 garçons, 20 femmes et 227 hommes. L’OIM œuvre en vue de tous les rapatrier chez eux.

Depuis la visite de M. Abdiker, environ 200 migrants ont été amenés au centre de l’IPNA, portant le nombre total de personnes qui y sont détenues à près de 470. Ces 200 personnes faisaient partie d’un groupe d’environ 1 200 migrants qui ont été placés en détention il y a quelques jours. M. Abdiker a également exprimé son inquiétude pour le millier de migrants restant, à savoir où ils seront détenus et comment ils seront traités.

Lors de sa visite, M. Abdiker a rencontré plusieurs autorités et les a remerciées de soutenir l’OIM dans l’amélioration de la situation des migrants au Yémen.

« Le Yémen connaît la pire crise humanitaire du monde. Il n’est pas un itinéraire sûr pour les migrants, ni même pour les Yéménites dans de nombreuses zones. L’OIM fournit une aide humanitaire aux Yéménites déplacés et touchés par le conflit à travers le pays », a-t-il ajouté.

« Nos équipes voient de plus en plus de Yéménites rentrer d’Arabie saoudite et qui nécessitent notre aide. Ils nous racontent que le durcissement des règles d’immigration en Arabie saoudite les contraint à rentrer chez eux. Les migrants au Yémen et les Yéménites de retour ont désespérément besoin d’une aide renforcée de la part de la communauté internationale et aucun des deux groupes ne doit se sentir forcé à transiter ou retourner dans une zone de conflit », a-t-il conclu.

Pour plus d’informations, veuillez contacter Olivia Headon à Nairobi, Tel : +41794035365, Email : oheadon@iom.int

  • Lorsque l’on a demandé aux migrants s’ils souhaitaient rentrer chez eux si un bus était affrété, tous ont levé la main. Photo : OIM

  • Mohammed Abdiker (r) and next to him, Sarat Dash (l) IOM Yemen Chief of Mission (both wearing ties) listen to migrants in Sana’a, Yemen. Photo: IOM

  • New Ethiopian Arrivals in Obock Djibouti. Photo: Olivia Headon/IOM

  • Ethiopian migrants wait under trees Obock, Djibouti. Photo: Olivia Headon/IOM