Méditerranée occidentale : près de la moitié des migrants récemment arrivés en Espagne font état d’exploitation et de maltraitance

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03/12/19
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Madrid - D’après une étude du contrôle des flux de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) auprès de plus de 1 300 migrants et réfugiés en Espagne l’an dernier, près de la moitié (48%) des personnes interrogées ont indiqué avoir connu au moins une expérience directe en lien avec la traite, l’exploitation ou la maltraitance en voyageant le long de l’itinéraire de la Méditerranée occidentale.

Les conclusions du sondage reposent sur 1 341 entretiens auprès de migrants et réfugiés originaires de 39 pays d’origine qui sont arrivés en Espagne en 2018. Les sondages ont été menés entre juillet et octobre 2018 dans des centres de transit et d’accueil à travers une quarantaine de municipalités espagnoles de quatre régions autonomes afin de faire la lumière sur le profil et les expériences de ceux qui sont arrivés dans le pays par voie maritime ou terrestre via la Méditerranée occidentale. 

En 2018, cet itinéraire est devenu le plus emprunté pour atteindre l’Europe, avec 63 325 arrivées recensées en Espagne. 

« Les résultats de cette étude montrent une proportion inquiétante de cas d’exploitation et de maltraitance de migrants et de réfugiés en chemin. La diversité des motivations et expériences est frappante et nous ne nous rendons pas toujours compte du niveau de vulnérabilité en jeu », a déclaré Maria Jesus Herrera, chef de mission de l’OIM en Espagne. 

Les principaux pays d’origine des 1 341 personnes interrogées étaient la Guinée (29%), le Mali (19%), la Côte-d’Ivoire (14%), le Cameroun (6%), le Sénégal (6%), le Maroc (5%) et l’Algérie (4%). Ces pays font partie des 10 principales nationalités enregistrées dans les statistiques de 2018. Le français est la langue la plus communément parlée, par 23 pour cent des personnes interrogées. 

Le Rapport de la Matrice du suivi des déplacements (DTM) donne peu d’informations sur un « changement d’itinéraire » conséquent ou une déviation entre l’itinéraire de la Méditerranée centrale et celui de la Méditerranée occidentale en 2018. Parmi les migrants interrogés, seuls 1,3 pour cent ont indiqué avoir changé leur itinéraire et se sont rendus au Niger ou en Algérie après avoir passé du temps en Libye. Tous les migrants interrogés étaient passés par le Maroc ou l’Algérie avant d’atteindre l’Espagne. 

L’étude montre que les migrants et réfugiés en provenance du Cameroun, de Gambie et de Guinée sont ceux qui avaient la plus importante proportion de réponses positives (67%, 63% et 62% respectivement) à au moins l’une des cinq questions posées en lien direct avec une expérience de traite, d’exploitation et de maltraitance. Les migrants originaires du Maroc (6%), d’Algérie (13%) et de Mauritanie (24%) étaient les moins concernés. 

Les périodes plus longues passées en transit étaient associées à une incidence plus élevée de traite, d’exploitation et de maltraitance en raison d’un périple plus complexe nécessitant un transit à travers davantage de pays. L’incidence la plus faible de réponses positives a été enregistrée chez ceux dont le périple durait moins d’un mois, en provenance directe du Maroc et de l’Algérie ou en chemin vers le Maroc via des vols directs depuis leur pays d’origine. Par ailleurs, les migrants qui voyageaient seuls ont donné plus de réponses positives (49%) à au moins l’un des cinq indicateurs. 

Le Maroc et l’Algérie, les deux pays de transit finaux les plus traversés, se sont avérés être, avec la Libye et le Mali, les pays de transit où le pourcentage de cas d’exploitation et de maltraitance étaient le plus élevé d’après les migrants interrogés. Des cas moins nombreux ont été signalés en Mauritanie, au Niger et dans d’autres pays. 

Environ 38 pour cent des personnes sondées avaient passé plus d’une année en transit tandis que moins d’un quart d’entre elles ont signalé avoir voyagé pendant trois mois ou moins. L’itinéraire le plus courant - mentionné par près d’un tiers de l’échantillon - est celui qui passe par le Mali (Bamako), l’Algérie (Alger, Oran, Tamanrasset) en direction du Maroc (Casablanca ou Rabat puis Nador ou Tanger). 

Près de la moitié des migrants sondés ont déclaré avoir des problèmes financiers et avoir été volé au moins une fois (46%) pendant leur périple. Dix-neuf pour cent ont fait état de problèmes de santé.

L’étude de la DTM enregistre également le profil démographique général des migrants et réfugiés interrogés (dont 89% étaient des hommes et 11%, des femmes, ce qui correspond aux données disponibles sur les arrivées en 2018, à savoir 88% d’hommes et 12% de femmes), ainsi que les motivations et attentes de ceux qui arrivent en Espagne par la mer ou par voie terrestre. 

La plupart des personnes interrogées ont confié avoir quitté leur pays d’origine et de résidence habituelle pour un ensemble de facteurs, notamment pour des raisons économiques ou à cause la violence, de la guerre et du conflit. 

Près de la moitié des migrants interrogés (47%) ont signalé qu’ils étaient sans emploi au moment de quitter leur pays d’origine ou de résidence habituelle. Parmi les personnes sondées en Espagne qui étaient soit employées soit autoentrepreneurs au moment de leur départ, les hommes ont plus souvent mentionné travailler dans des métiers manuels qualifiés, des activités de vente, d’artisanat et de bureau. Il est intéressant de noter que 10 pour cent des hommes et cinq pour cent des femmes sondés ont déclaré avoir occupé des postes de direction ou exercé des professions comme médecin, infirmier et ingénieur, avant leur départ. 

Les résultats du sondage ont montré que les raisons pour lesquelles les migrants et réfugiés ont quitté leur pays étaient variables et multiples et que leurs motivations pouvaient changer avec le temps ou pendant leur périple. Dans l’ensemble, 41 pour cent de l’échantillon a cité des motifs économiques comme principale raison de départ, suivi des actes de violence (32%), de la guerre et du conflit (15%). 

Les principales motivations diffèrent entre les hommes et les femmes. Pour les hommes, les raisons les plus souvent mentionnées sont les problèmes économiques (44%) et la violence (29%), tandis que plus de la moitié des femmes mentionnent d’abord la violence (58%) puis les difficultés économiques (23%). 

« Les conclusions renforcent notre vision selon laquelle il reste beaucoup à faire pour fournir une aide spécialisée, une protection et des soins le long de l’itinéraire », a déclaré Mme Herrera. « Au bout du compte, une grande partie de la maltraitance et de la souffrance pourrait être évitée en renforçant les voies sûres de migration légale », a-t-elle ajouté.

 

Note aux rédacteurs : 

Le sondage peut être téléchargé ici dans son intégralité. 

L’étude est centrée sur les expériences personnelles (directes) et observées (indirectes) qui peuvent indiquer une situation de traite, d’exploitation ou de maltraitance. Parmi les expériences directes mentionnées figuraient la séquestration, le travail forcé ou le travail mal rémunéré, des propositions de mariage arrangé et des violences physiques. L’étude a également recensé des expériences indirectes comme le fait d’avoir vu quelqu’un se faire menacer de violences sexuelles, se faire proposer de l’argent en échange de sang, d’organes ou d’autres parties du corps, ou se les faire prélever par la force. 

L’étude a été rendue possible grâce au financement du Département britannique pour le développement international (DFID)/UK AID. 

Les sondages de contrôle des flux font partie des activités de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’OIM dans la Méditerranée et sont effectués dans le cadre des recherches de l’OIM sur les populations en déplacement à travers les itinéraires de la Méditerranée et des Balkans occidentaux en direction de l’Europe. Les données recueillies sont régulièrement analysées et fournissent des informations sur les profils, les itinéraires de transit et les vulnérabilités.

Toutes les dernières analyses et informations statistiques sur les arrivées en Europe issues des autorités nationales et des bureaux de pays de l’OIM sont disponibles sur le Portail du contrôle des flux de la DTM. 

  • Le personnel de l’OIM s’entretient avec un migrant dans un centre d’accueil et d’aide humanitaire à Miraflores de la Sierra, en Espagne. Photo : OIM