Un puits de la taille d’un gratte-ciel approvisionne les réfugiés rohingyas en eau potable

Posted: 
05/17/19
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Rohingya Crisis

Cox’s Bazar - Par 36 degrés Celsius, Rafiq, épuisé, s’appuie contre le mur de sa maison, entouré de ses cinq enfants. En regardant vers le ciel, il descend avec hésitation un sentier escarpé pour amener l’eau à sa famille. Une pompe pas très loin fournit de l’eau dont il considère la potabilité comme « non fiable » et qui nécessite un périple ardu à flanc de colline. La stérilisation de l’eau en la faisant bouillir est également difficile car le bois pour le feu est difficile à trouver. 

Malgré de fortes chutes de pluie pendant la saison humide et des stations de pompage, l’eau potable à Cox’s bazar est un problème pour de nombreux réfugiés rohingyas. Près d’un million de personnes sont entassées dans le camp le plus densément peuplé du monde, à seulement quelques kilomètres de la frontière bangladaise avec le Myanmar. En théorie, l’eau du puits est abondante à la surface mais les contaminants humains peuvent la rendre non potable. Dans la réalité, l’eau doit être transportée jusqu’aux installations. La tâche de collecter l’eau et de l’acheminer est souvent accomplie par les femmes. 

« Nous ne savons pas très bien dans quelle mesure l’afflux massif de réfugiés affecte les nappes phréatiques », déclare Alessandro Petrone - responsable du programme de l’équipe chargé de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) de l’OIM, composée d’ingénieurs chargés d’acheminer de l’eau potable aux réfugiés rohingyas. Les pompes à levier traditionnelles ne peuvent pomper que jusqu’à sept mètres et un forage plus profond n’est viable que s’il fournit une importante quantité d’eau. 

L’OIM et l’Agence japonaise pour le développement international (JICA) ont remédié à ce problème en creusant l’un des puits les plus profonds de la région. Mesurant l’équivalent de plus de trois terrains de football en profondeur, le puits récemment terminé rejettera de l’eau potable depuis des profondeurs plus sûres. La construction du puits faisait partie d’un projet d’ingénierie lourde nécessitant une foreuse de 20 tonnes envoyée de l’étranger. Il est situé dans le camp 12, qui se trouve à seulement quelques kilomètres de la frontière avec le Myanmar. 

Le forage a d’abord fait jaillir 100 mètres d’eau potentiellement contaminée qui est allée se stocker dans un réseau d’aquifères, qui sont des bassins souterrains datant de plusieurs milliers d’années et qui ne sont pas touchés par les contaminants humains. Parce que les aquifères sont pris entre des roches imperméables, certains ont une pression très élevée et d’autres ont une pression neutre. L’équipe WASH a utilisé des capteurs pour analyser la pression dans différents aquifères pour déterminer les endroits où l’eau pourrait terminer sa course dans le puits. Ils ont ensuite installé des « écrans », ou des trous dans des endroits localisés, pour permettre à l’eau de circuler. Aujourd’hui achevé, le puits alimente plus d’une douzaine de bassins aquifères le long de son parcours de près de 800 mètres. 

Mais ramener l’eau à la surface nécessite une énergie considérable, solution coûteuse dans une zone isolée comme Kutupalong. L’OIM a installé 187 panneaux solaires générant 61 kW en misant entièrement sur le potentiel énorme de l’énergie renouvelable, alimentant ainsi une puissante pompe pour ramener l’eau à la surface. 

L’énergie solaire alimente également une usine de chloration automatisée pour assurer la durée de conservation. Six conteneurs de stockage de 95 000 litres permettent une distribution d’eau par gravité aux habitants. Lorsqu’elle sera opérationnelle fin mai, environ 30 000 personnes auront accès aux 500 mètres cubes d’eau salubre pompées des profondeurs de la croûte terrestre. 

« Une seule pompe manuelle peut approvisionner 250 personnes, c’est donc comme s’il y en avait 120. Il s’agit également d’un système centralisé qui offre une fiabilité totale en termes de chloration. Pas besoin de déployer du personnel à chaque pompe pour apporter du chlore », a déclaré Alessandro Petrone. Des techniciens testent régulièrement la qualité de l’eau pour s’assurer que le chlore résiduel se situe entre 0,2 et 0,5 mg par litre. 

Alessandro Petrone a supervisé des projets en Amérique latine, au Liban et en Somalie, mais confie que le puits de Tipam Sandstone est son plus gros projet à ce jour. « C’est le plus gros puits en termes de litres par heure, de longueur des tuyaux, d’énergie solaire exploitée, de nombre de panneaux et de stockage de l’eau. La taille du trou est énorme, il fait la taille d’un gratte-ciel. Et grâce aux panneaux solaires, aucune facture d’électricité ! » 

Dès que le projet sera finalisé dans quelques semaines, l’OIM travaillera avec l’Université de Dhaka pour sonder la géologie de la région en vue de mieux gérer l’aquifère de Tipam Sandstone. Une carte en ligne et en open source a déjà été produite pour aider la recherche, contrôler et distribuer équitablement les ressources disponibles aux Rohingyas mais aussi aux communautés d’accueil dans la zone. 

Pour Rafiq, le timing de la construction du puits ne pourrait pas mieux tomber. « La saison des moussons approche et il est presque impossible de grimper la pente boueuse lorsqu’il a plu », explique-t-il. 

Pour plus d’informations, veuillez contacter George McLeod, OIM Cox’s Bazar, Tel : +880 18 7071 8078, Email : gmcleod@iom.int

  • Des réfugiés rohingyas près d’un puits peu profond à Cox’s Bazar.