Des dizaines de milliers de survivants roms de l’Holocauste se préparent à des jours très difficiles

Date Publish: 
Lundi, April 3, 2006 - 16:00
Region-Country: 
Suisse
Europe fr

Des dizaines de milliers de survivants roms
de l’Holocauste vivant en Europe centrale et orientale vont
se trouver rapidement plongés dans une situation
désespérée et certains risquent de ne pas
s’en sortir, faute d’une assistance humanitaire de
base. C’est l’avertissement que lance aujourd’hui
l’Organisation internationale pour les migrations.

Près de 74.000 survivants roms de
l’Holocauste, vivant dans un grand dénuement et
aujourd’hui très âgés ont pu
bénéficier, ces quatre dernières
années, de l’assistance de l’OIM sous la forme,
entre autres, d’un apport de vivres, de vêtements, de
bois de chauffage et de charbon, grâce à quoi ils ont
pu passer les hivers particulièrement longs et mordants que
connaît la région.

Ces Roms âgés doivent
s’accommoder d’une pension d’Etat comprise selon
les cas entre 8 et 120 dollars par mois, sans aucune autre forme de
soutien de la part d’un système de
sécurité sociale qui, autrefois, leur aurait au moins
apporté le strict nécessaire en matière de
logement, de chauffage et de soins médicaux.  Beaucoup
d’entre eux sont en outre tenus de subvenir aux besoins de
trois générations réunies sous un même
toit, car les Roms dans la force de l’âge sont souvent
forcés de partir travailler à
l’étranger, laissant leurs enfants à la garde
des grands-parents.

Aujourd’hui, les fonds qui avaient
permis de financer les Programmes humanitaires et sociaux de
l’OIM pour venir en aide aux Roms, aux handicapés, aux
homosexuels et aux témoins de Jehovah ayant eu à
subir les persécutions nazies sont épuisés, et
les programmes doivent être clôturés.

“Nous sommes très inquiets pour
ces personnes.  Nous savons que l’assistance
qu’elles ont reçue de l’OIM et de ses
partenaires a permis de sauver des vies, ce qui n’est
malheureusement pas une façon de parler”, affirme
Delbert Field, chef des Programmes humanitaires et sociaux de
l’OIM. “Cet hiver-ci, nous avons eu connaissance de cas
de Roms âgés complètement démunis qui
sont littéralement morts de froid”.

“Ces trois dernières
années, si nous avons pu tenir, c’est grâce
à l’assistance dont nous avons
bénéficié.  Sans le charbon, nous serions
morts depuis longtemps ” affirme Stefan Lupasco, l’un
des nombreux survivants non juifs de l’Holocauste auxquels
l’OIM est venue en aide dans dix-sept pays où elle est
intervenue au titre de ces programmes. Stefan ne peut compter
désormais que sur une maigre pension mensuelle de 8
dollars.

Son père et sa mère ont
été déportés par les nazis dans des
camps de concentration, et bon nombre de ses frères et
sœurs sont morts de faim. Comme de nombreux autres Roms,
Stefan est analphabète.

“Malheureusement, le cas de Stefan
n’est pas un cas isolé.  De tout temps, les Roms
ont été une communauté ostracisée,
n’ayant pas le même accès à
l’éducation, à la santé, au logement et
à l’emploi que les habitants
sédentarisés, autant de facteurs qui constituent
pourtant un marchepied essentiel pour s’extraire d’une
pauvreté abjecte”, ajoute encore Field.
“Même si certains efforts sont actuellement
déployés pour remédier à la
discrimination dont les Roms sont victimes, cela pourrait prendre
des décennies avant que les résultats ne se fassent
sentir.  Les survivants de l’Holocauste que nous avons
secourus ne disposent plus de tout ce temps-là.  Il
leur reste au maximum quelques années.  Nous ne pouvons
pas les laisser achever une existence déjà difficile
avec la seule perspective de mourir de faim et de froid”.

Une somme d’environ 36 millions de
dollars a été utilisée pour porter secours
à près de 74.000 personnes depuis 2002 à
l’aide de fonds versés par les banques suisses sur la
base de l’accord de Règlement conclu avec la Cour de
District des Etats-Unis pour le District Est de New York, et par la
Fondation allemande “Mémoire, responsabilité et
avenir”.

Tout cet argent a été
utilisé pour aider près de la moitié des
personnes remplissant les conditions requises et ayant besoin
d’assistance, ce qui a constitué la première
reconnaissance formelle des souffrances vécues par les Roms,
les handicapés, les homosexuels et les témoins de
Jehovah ayant survécu aux persécutions nazies. 
Les Roms représentent le groupe de victimes le plus
important et le plus socialement désavantagé. 
Leurs caravanes ont fréquemment été
attaquées par les nazis, leurs occupants assassinés
et leurs roulottes brûlées.  Bon nombre
d’entre eux ont été déportés dans
des camps de concentration où ils ont péri.

Sur le site "paragraph-link-underlined" href=
"http://www.iom.int">www.iom.int, à la rubrique
iconothèque (Image Library) de l’OIM, vous trouverez
des photos des survivants auxquels l’OIM est venue en aide.
Le même site donne accès au rapport illustré
final du programme.