Une femme au service des autres en première ligne face à l’épidémie Ebola

Une femme au service des autres en première ligne face à l’épidémie Ebola  

Carine Libango, Fonctionnaire chargée des Communications en situations de crises et engagement communautaire
OIM, République Démocratique du Congo    

 

 

Je suis Carine Libango, je suis Congolaise et je travaille depuis quelques semaines à l’OIM, auprès des communautés qui habitent dans les zones affectées par l’épidémie Ebola, à l’Est de la RDC, afin de leur expliquer le rôle des humanitaires et les sensibiliser à l’importance de la lutte contre Ebola. J’avais toujours rêvé d’aider les autres et apporter des solutions aux personnes dans le besoin. 

J’ai d’abord été formée en santé de la reproduction, puis j’ai commencé à 17 ans dans le volontariat pour expliquer les risques du SIDA et des avortements provoqués, et lutter contre de l’exploitation sexuelle des jeunes filles. Lors de cette première expérience, j’ai rencontré dix filles mineures, encore des enfants, qui se prostituaient car elles n’avaient pas d’autres alternatives – principalement parce qu’elles étaient sans famille ou avaient été abandonnées.  

Je les ai ramenées chez moi, malgré les critiques de ma famille, pour les sortir de ce milieu en attendant de leur trouver une solution. J’ai frappé à toutes les portes et j’ai fini par réussir à les rescolariser. Certaines ont poursuivi les études jusqu’à l’université et d’autres ont fondé une famille. Lorsque Ebola a débuté, je me suis rapidement engagée, notamment auprès de l’OMS, pour aller auprès des populations locales pour expliquer les dangers de la maladie et leur apprendre les règles d’hygiène pour éviter de contracter la maladie.  

J’ai ensuite été recrutée par l’OIM pour poursuivre ces activités de communication sur les risques et d’action au niveau des communautés. 

Pour moi, travailler dans l’humanitaire signifie être au service des autres, voire même sacrifier un peu de soi pour aider les autres. C’est un engagement plein et entier, qui va au-delà d’un simple « travail ». C’est un milieu avec des valeurs humanistes très fortes. Pour moi, le respect du principe de la protection, la neutralité, l’impartialité et la confidentialité comptent énormément. Ce qui me guide au quotidien, c’est le principe du « do no harm » : nous devons toujours prendre en compte le milieu dans lequel nous intervenons et empêcher que nos actions aient un effet contre-productif sur le terrain. C’est d’autant plus important en RDC, dans le contexte d’Ebola, alors que les populations locales montrent une certaine méfiance, voire une défiance radicale, à l’égard de la réponse que la communauté internationale apporte. 

Ce que je préfère dans mon travail, c’est communiquer avec les autres, mener des enquêtes auprès des bénéficiaires et trouver des solutions en étant à leur écoute. J’aime discuter avec les personnes vulnérables, partager un peu de leur douleur, et transmettre mes compétences pour les aider. J’apprécie lorsque je perçois un changement de perception de la part des populations sur mon travail en tant qu’humanitaire. En dialoguant, j’arrive à expliquer aux populations locales le risque important de contamination à Ebola et les faire adhérer à certains changements de comportements essentiels pour limiter la propagation de la maladie.   

Le plus difficile pourrait être le contexte sécuritaire dans lequel j’interviens. Le Nord-Kivu est une zone en conflit, et certains coins reculés de cette province sont dangereux. Mais ce n’est pas cela qui m’arrête. Au contraire ! Je suis née pour servir les autres et l’insécurité ne m’effraie pas. Elle me motive d’autant plus pour aller aider les personnes qui en ont le plus besoin. 

Il existe encore beaucoup de stéréotypes sur les femmes travaillant dans l’humanitaire. La principale critique à laquelle je suis confrontée est que, en tant que femme, je ne devrais pas travailler. Certaines personnes me disent que je ne suis pas une bonne mère ou une bonne épouse, car je préfère travailler plutôt que de rester à la maison à m’occuper de mon foyer. D’ailleurs, mon ancien petit ami est parti car il trouvait que je travaillais trop. Il s’est marié avec une autre femme qui reste à la maison, ne travaille pas et fait tout pour lui. 

En réalité, les hommes de ma communauté commencent à avoir peur de moi, car je connais désormais trop de choses. Selon une expression en lingala, je suis une « Mwasi Mobali », c’est-à-dire une femme capable de faire ce que les hommes font.  

En RDC, la place des femmes n’est pas toujours reconnue, mais je sens que mon attitude contribue à faire évoluer les mentalités. Certaines personnes de ma communauté commencent à dire qu’avec des femmes comme moi, il n’y a plus besoin d’avoir des hommes courageux ! 

Pour lutter contre ces stéréotypes, je prouve chaque jour que mon savoir, mon intégrité, et mon amour du travail sont au bénéfice de tous. Cela m’aide également personnellement à ne pas écouter tous ces préjugés.  

Je suis désormais mariée à un Américain, qui comprend parfaitement mon besoin de travailler et mon envie de contribuer à un monde meilleur. Il est resté à Los Angeles avec notre enfant.