Arrivées de migrants en Europe par la Méditerranée en 2018 : 18 939 ; décès en mer : 570

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04/24/18
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Humanitarian Emergencies, Missing Migrants

Genève - D’après l’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, 18 939 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer pendant les 16 premières semaines de 2018, dont environ 42 pourcent en Italie et le reste réparti entre la Grèce (38%) et l’Espagne (20%). A la même date en 2017, ils étaient 44 058 à aborder les côtes européennes, et 205 613 en 2016.

En d’autres termes, les arrivées dans la Méditerranée à ce jour en 2018 ne représentent que 43 pourcent des niveaux de l’an dernier et seulement 9 pourcent de ceux de 2016 à cette même période, durant laquelle les arrivées en Grèce depuis la Turquie avaient fortement chuté pendant près d’un mois.

Bien que les décès soient eux aussi moins nombreux à travers la région, ils continuent de se produire. Au moins 12 personnes sont mortes pendant le week-end sur l’itinéraire de la Méditerranée centrale. Le Projet de l’OIM sur les migrants disparus (MMP) a rapporté qu’au large des côtes de Sabratha, en Libye, les corps de dix hommes et un bébé ont été retrouvés dimanche par les garde-côtes libyens.

Une sœur de l’une des victimes se trouvait également à bord et a pu identifier son frère, un Nigérian. Les identités des victimes sont pour l’heure inconnues. Lundi, l’OIM a appris le décès d’une autre personne dans la zone.

Lundi 23 avril, l’OIM en Italie a fait état d’un millier de migrants secourus pendant le week-end par des navires italiens et internationaux dans la Méditerranée lors de 14 opérations :  417 migrants ont été secourus samedi et 512 dimanche. Certains migrants avaient déjà été amenés en Italie hier tandis que les autres sont débarqués à terre aujourd’hui (mardi).

Moins de 200 migrants étaient tunisiens, a déclaré Flavio Di Giacomo, qui a expliqué qu’ils avaient été secourus alors qu’ils voyageaient en petits groupes, généralement à bord de petites embarcations en bois. Le reste des migrants étaient principalement des Africains fuyant la Libye. Dans un cas, les migrants ont été secourus d’un gros bateau à deux ponts. Les 224 personnes à bord ont été secourues par l’Aquarius (de l’ONG SOS Méditerranée) dans des conditions très difficiles.

« Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu de bateaux à deux ponts, car les migrants en provenance de Libye voyagent généralement à bord d’embarcations pneumatiques », a déclaré Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’OIM en Italie. « Dans ce cas précis, le bateau transportait principalement des migrants érythréens qui, d’après les témoignages, avaient été victimes de mauvais traitements en Libye. »

D’après l’OIM en Libye, les garde-côtes libyens et des pêcheurs locaux ont secouru 291 hommes, femmes et enfants migrants pendant le week-end. Christine Petré, de l’OIM en Libye, a fait état de six migrants secourus par des pêcheurs locaux près de Surman (deux hommes guinéens, une femme camerounaise et trois hommes ivoiriens). Deux d’entre eux ont été immédiatement transférés vers un hôpital où l’OIM leur a fourni des soins médicaux. Tous deux en sont déjà sortis.

Les 83 migrants restants, qui se trouvaient a priori sur le même bateau, comprenaient des femmes originaires de Gambie, de Côte-d’Ivoire, du Mali, du Nigéria, de Guinée et du Cameroun, qui ont été transférées vers le centre de détention de Shuhada al Nasr après avoir été rapatriées vers les côtes libyennes par les garde-côtes. Bon nombre ont souffert de petites blessures tandis que trois migrants ont reçu des soins médicaux d’urgence.

Un autre groupe composé de 203 migrants (dont 39 femmes et un enfant) ont été rapatriés par les garde-côtes libyens vers une zone de débarquement où ils ont reçu une aide médicale, de la nourriture et de l’eau de la part de l’OIM. La plupart des migrants souffraient de maux de tête, de déshydratation, de crampes et de douleurs musculaires. La plupart des migrants proviennent du Bangladesh, de Somalie et du Soudan. Le chef du point de débarquement a remercié l’OIM d’avoir été la seule organisation humanitaire présente lors du débarquement.

Lundi, la porte-parole de l’OIM en Libye a ajouté que 125 migrants (79 hommes, 40 femmes et six enfants) ont été rapatriés vers les côtes libyennes par les garde-côtes. Pendant que les garde-côtes s’occupaient d’enregistrer tous les migrants, l’OIM leur a dispensé des examens de santé et distribué de la nourriture, de l’eau et du jus de fruits. Cinq femmes enceintes et cinq enfants de moins de 5 ans ont été identifiés et examinés. Aucun cas d’urgence médicale n’a été identifié.

Ces migrants auraient embarqué à Zaouïa à bord d’un bateau pneumatique. La majorité des migrants étaient originaires du Ghana, du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et de Guinée-Bissau. Tous les migrants ont été transférés vers le centre de détetion de Trig al Seka. A ce jour cette année, 4 790 migrants ont été rapatriés vers les côtes libyennes par les garde-côtes libyens.

Christine Petré a également rapporté que près de 600 migrants originaires de 10 pays ont été rapatriés de Libye pendant les deux premières semaines d’avril. Ces 16 derniers mois, quelque 25 000 migrants bloqués ont pu rentrer chez eux depuis la Libye vers 30 pays avec l’aide de l’OIM.

D’après Kelly Namia, de l’OIM en Grèce, entre le 18 et le 21 avril, les garde-côtes helléniques font état d’au moins deux incidents ayant nécessité des opérations de recherche et de sauvetage au large de l’île de Lesbos. Les garde-côtes ont secouru 83 migrants et les ont transférés vers cette même île.

Elle a ajouté que sept autres migrants ont débarqué à Rhodes, portant à 7 300 le nombre total de migrants irréguliers arrivés par la mer en Grèce depuis le 1er janvier, soit environ 66 par jour en moyenne. Elle n’a recensé aucune arrivée entre le 19 et le 21 avril.

Toutefois, la migration irrégulière vers l’Europe via la Turquie reste active. D’après les chiffres recueillis par les garde-côtes turcs, 6 718 migrants au total ont été interceptés/secourus en mer à ce jour cette année, soit une hausse de 62 pourcent par rapport à la même période l’an dernier (1er janvier - 23 avril 2017), lorsque 4 157 migrants avaient été arrêtés/secourus.

Les principaux facteurs contribuant à cette forte hausse du nombre de migrants qui tentent de traverser la Turquie pour rejoindre la Grèce sont : le manque de perspectives économiques dans leurs pays d’origine et le souhait de retrouver des membres de leur famille déjà en Europe.

A ce jour, l’OIM en Turquie a fourni une aide humanitaire à 3 402 migrants, dont une majorité de Syriens (68%), d’Africains notamment originaires d’Angola et d’Afrique centrale (21%) et d’Afghans (8%). Les autres nationalités représentent les 3% restants.

Gianluca Rocco, chef de mission de l’OIM en Grèce, a expliqué que l’OIM travaille en coordination avec les autorités grecques pour contrôler la situation et suivre l’évolution des arrivées de migrants en forte hausse en Grèce. Il a indiqué qu’il y a eu 6 000 nouvelles arrivées en Grèce pendant les trois premiers mois de 2018, une augmentation moyenne de 35 pourcent par rapport au flux enregistré à la même période en 2017.

D’après les équipes de l’OIM sur le terrain, le nombre de personnes se rendant en Grèce avec diverses vulnérabilités - par exemple les familles et les enfants migrants non accompagnés - est également en hausse. Il a déclaré que le nombre et le rythme des nouvelles arrivées soulevaient des inquiétudes sur les pics futurs et les vulnérabilités croissantes des migrants.

Eugenio Ambrosi, Directeur du Bureau de l’OIM pour l’UE à Bruxelles, a fait remarquer que les centres d’accueil devenaient surpeuplés, créant des tensions entre les migrants, les autorités locales et les communautés locales, du fait de l’augmentation des arrivées dans les îles grecques. Dans le même temps, il a indiqué qu’un nombre exceptionnellement élevé de nouveaux migrants sont enregistrés aux frontières terrestres avec la Turquie à Evros, où les conditions d’accueil dans cette zone sont limitées.

« La situation est difficile à gérer dans le contexte actuel car les possibilités d’hébergement sont presque toutes épuisées. L’OIM œuvre en coopération étroite avec les autorités gouvernementales pour faire face à la situation et collabore avec les acteurs internationaux pour identifier conjointement des alternatives et répondre immédiatement à toute situation d’urgence », a déclaré Eugenio Ambrosi.

Avec les corps découverts lundi, le nombre total de décès dans la Méditerranée en 2018 s’élève à 571, contre 1 091 l’an dernier, soit 52 pourcent du total de 2017. A travers le monde, le MMP fait état de 962 décès ou disparitions de migrants en 2018 (voir tableau ci-dessous).

Les identités de la plupart des migrants décédés ces derniers jours ne sont pas connues et malheureusement, ne le seront probablement jamais. Mercredi dernier, un migrant indonésien se serait noyé au large des côté de la petite île indonésienne de Pedra Branca. Les migrants faisaient route vers l’Indonésie depuis la Malaisie lorsque leur bateau est tombé en panne de carburant et s’est retrouvé bloqué en mer. Les garde-côtes singapouriens ont mené à bien une mission de sauvetage pour sauver une centaine d’autres migrants à bord.

A l’est de la Turquie, deux migrants sont morts jeudi dernier lorsque le camion dans lequel ils voyageaient a perdu le contrôle et s’est renversé. Plus de 130 autres migrants se trouvaient également à l’arrière du camion et ont survécu à l’accident. Jeudi toujours, quatre Vénézuéliens se sont noyés dans la rivière Táchira, à la frontière avec la Colombie. Le niveau d’eau de la rivière, qui définit une partie de la frontière, serait particulièrement élevé et donc particulièrement dangereux actuellement. Les deux victimes étaient un père et son fils de 16 ans.

Vendredi, un migrant d’une trentaine d’années a été retrouvé mort aux environs de Thessalonique, en Grèce, où il a été électrocuté en grimpant sur le toit d’un train de marchandises.

Depuis début 2016, le MMP a enregistré dix décès provoqués par la même case en Europe. Dix accidents ferroviaires mortels impliquant des migrants se sont déjà produits au Mexique en 2018.

Les données du MMP sont compilées par le personnel de l’OIM mais proviennent de sources diverses, dont certaines ne sont pas officielles. Pour en savoir plus sur la collecte de données sur les migrants disparus, cliquez ici (en anglais).

Pour consulter les dernières données sur les arrivées et les décès de migrants en Méditerranée, rendez-vous sur : http://migration.iom.int/europe   
Pour en savoir plus sur le Projet sur les migrants disparus : http://missingmigrants.iom.int   

Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Joel Millman, OIM Genève, Tel : +41.79.103-8720, Email : jmillman@iom.int    
Mircea Mocanu, OIM Roumanie, Tel :  +40212115657, Email : mmocanu@iom.int   
Dimitrios Tsagalas, OIM Chypre, Tel : + 22 77 22 70 ; E-mail : dtsagalas@iom.int   
Flavio Di Giacomo, Bureau de coordination de l’OIM pour la Méditerranée, Italie, Tel : +39 347 089 8996, Email : fdigiacomo@iom.int 
Hicham Hasnaoui, OIM Maroc, Tel : + 212 5 37 65 28 81, Email : hhasnaoui@iom.int   
Kelly Namia, OIM Grèce, Tel : +30 210 9919040, +30 210 9912174, Email : knamia@iom.int     
Julia Black, OIM GMDAC à Berlin, Tel : +49 30 278 778 27, Email : jblack@iom.int
Christine Petré, OIM Libye Tel :  +216 29 240 448, Email : chpetre@iom.int    
Ana Dodevska, OIM Espagne, Tel : +34 91 445 7116, Email : ADODEVSKA@iom.int  
Myriam Chabbi, OIM Tunisie, Tel mobile :  +216 28 78 78 05, bureau :  +216 71 860 312 Ext. 109, Email : mchabbi@iom.int