Arrivées de migrants en Europe en 2016 : 204 311 ; décès en Méditerranée 2 443

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05/31/16

Italy - D’après l’OIM, au 30 mai, 204 311 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par voie maritime en 2016, notamment en Italie, en Grèce, à Chypre et en Espagne. 

 

 

 

 

 

 

 

Après une brusque augmentation du nombre de naufrages et autres incidents en mer au cours des huit derniers jours, le nombre de victimes s’élève à 2 443 sur l’ensemble des itinéraires de la Méditerranée en date du 26 mai 2016, soit une augmentation de 34 % par rapport aux cinq premiers mois de l’année 2015.

La semaine dernière, dans sa dernière communication sur la situation en Méditerranée, l’OIM a rapporté que le nombre de décès confirmés était inférieur de 24 % au total de l’année dernière à la fin du mois de mai. L’estimation (1 828 victimes sur tous les itinéraires migratoires connus) s’élevait à moins de la moitié du total de l’année 2015, qui était de 3 770 morts.

Au cours des trois premières semaines de mai 2016, l’OIM n’a enregistré que 13 décès, survenus au cours de trois incidents. Aucun d’entre eux ne s’est produit sur l’itinéraire de la Méditerranée occidentale reliant la Grèce à la Turquie, où près de 400 migrants et réfugiés se sont noyés pendant les quatre premiers mois de l’année 2016, ce qui constituait à nos yeux une tendance encourageante.

Au vu des événements de la semaine dernière, durant laquelle au moins 1 000 personnes ont trouvé la mort, notre évaluation de la situation a évidemment changé. Les huit derniers jours représentent une des périodes les plus meurtrières de la crise migratoire, qui a commencé il y a quatre ans.

Il est important de noter que : 

•  Plus de 13 000 migrants ont été sauvés dans le canal de Sicile entre lundi 23 mai et dimanche 29 mai, ce qui porte à 47 600 le nombre total d’hommes, femmes et enfants qui ont été secourus en 2016 jusqu’au mois de mai. 

• Malgré l’augmentation du nombre d’arrivées enregistrées, le nombre de migrants qui ont gagné l’Italie cette année est presque identique à celui de l’année dernière pendant la même période (47 463 en date du 31 mai 2015).


 

L’incident le plus sérieux, impliquant une embarcation en bois sans moteur avec plus de 500 personnes à son bord, remorquée par un autre bateau de passeurs transportant environ 800 migrants, s’est produit jeudi dernier. Après quelques heures, le petit bateau a commencé à prendre l'eau.

D’après les témoignages des survivants recueillis par l’OIM en Italie, le capitaine de l’autre bateau a coupé la ligne de remorquage. Le second bateau a continué à prendre l'eau puis a fini par chavirer. D’après les premiers rapports, la majorité des migrants se sont noyés ; il n’y aurait que 87 survivants. La plupart des passagers était érythréens, mais il y avait aussi des Éthiopiens et des Soudanais à bord.

Les équipes de l’OIM se sont entretenues avec Stefanos, un jeune survivant érythréen : « Il y avait beaucoup de femmes et d’hommes dans la cale. Notre embarcation prenait l’eau, mais nous avions une pompe qui nous aidait à la faire sortir. Quand il n’y a plus eu d’essence dans la pompe, nous avons demandé au capitaine du premier bateau de nous en donner, mais il a refusé. À ce moment-là, il n’y avait plus rien à faire : il y avait de l’eau partout et nous avons lentement commencé à couler. Il y avait environ 35 à 40 femmes et enfants autour de moi. Ils sont tous morts. »

L’OIM a signalé vendredi dernier un autre incident meurtrier, qui a eu lieu le mercredi 25 mai. Après avoir rencontré les survivants, l’OIM indique que le nombre de décès confirmés s’élève désormais à 250 au lieu des 100 initialement estimés. D’autres rescapés, sauvés par le navire Reina Sofia (qui a repêché 45 corps), ont déclaré qu’il y avait quelque 350 personnes à bord de leur embarcation. Environ 280 d’entre elles sont toujours portées disparues.

« L’augmentation du nombre d’arrivées est attribuable d’une part aux meilleures conditions météorologiques et d’autre part à l’utilisation d’embarcations en bois, qui ont une plus grande capacité que les bateaux pneumatiques habituellement utilisés. Les passeurs mettent plus de 700 migrants dans les embarcations en bois, alors que les bateaux pneumatiques transportent seulement 100 à 120 personnes. Au cours des derniers jours, des accidents majeurs impliquant des bateaux en bois en mauvais état se sont produits. C’est aussi une des raisons qui explique l’augmentation du nombre de migrants morts ou portés disparus : un accident peut faire des centaines de victimes », a expliqué Federico Soda, Directeur du Bureau de coordination de l’OIM à Rome pour la Méditerranée.

Dans le cas de l’incident qui a coûté la vie à 500 personnes, le bateau a pris la mer sans moteur. Les survivants ont expliqué qu’ils ne voulaient pas partir dans de telles conditions, mais que les passeurs les ont forcés à embarquer.

« C’est un cas d’urgence humanitaire dans le désert et en mer, où des milliers de personnes trouvent la mort. Le nombre d’arrivées est actuellement équivalent à celui de l’année dernière, mais le nombre de victimes est plus élevé que pendant la même période en 2015. Sans le travail exemplaire des nombreux navires de secours en patrouille dans le canal de Sicile, le bilan aurait été plus lourd encore », a ajouté M. Soda.

« Les opérations de secours sont indispensables et doivent continuer. Nous saluons les efforts de tous ceux qui contribuent à sauver des vies. Ces opérations ne sont toutefois pas une solution en elles-mêmes. Nous devons nous réunir pour transformer la migration illégale, dangereuse et coûteuse en une migration légale, sûre et effectuée dans le bon ordre. »

 

Le 27 mai, en Grèce, un bateau transportant 64 migrants a lancé un appel de détresse alors qu’il naviguait au sud de la Crète. Les garde-côtes grecs et deux bateaux de pêche ont réussi à amener les migrants au port de Sitía. Le 28 mai, une équipe de l’OIM en Crète s’y est rendue. Parmi les rescapés figuraient 13 Afghans (6 hommes ; 7 femmes), 17 Iraniens (13 hommes ; 4 femmes), 28 Iraquiens (14 hommes ; 14 femmes), 5 Syriens (2 hommes ; 3 femmes) et un Pakistanais (1 homme). Deux femmes enceintes, un bébé irakien âgé de neuf mois et une Iraquienne de 71 ans voyageant seule se trouvaient également à bord. D’après les témoignages, les migrants avaient dû payer 5 000 à 7 500 USD aux passeurs pour leur voyage.

« Avant la guerre, notre vie en Iraq était merveilleuse », raconte un Iraquien de 40 ans. « J’étais propriétaire d’un supermarché, je possédais un camion et j’avais une très belle maison. Maintenant, je n’ai plus rien. J’ai tout vendu pour sauver ma famille et moi-même. En 2014, j’ai réussi à envoyer ma femme et mes trois enfants à Glasgow. J’ai payé 25 000 USD par personne pour qu’ils puissent voyager en avion depuis la Turquie avec un faux passeport. Ils me manquaient tellement qu’après deux ans j’ai décidé de quitter l’Iraq. La situation s’était détériorée en raison du terrorisme. Nous ne sommes pas en sécurité. Chaque nuit, je vois les terroristes à 300 mètres de chez moi. Nos vies sont continuellement en danger. »

« J’ai trouvé un passeur en Iraq qui m’a amené à Istanbul, en Turquie. À Istanbul, il est très facile de trouver des passeurs ; tous les cafés en sont pleins. Ils vous demandent : où voulez-vous aller ? En Allemagne ? Et ils vous envoient en Allemagne. Ils collaborent avec la police turque, qui demande des pots-de-vin aux migrants pour qu’ils puissent passer sans documents. Depuis Istanbul, les passeurs nous ont emmenés à Dalaman, dans le district de Marmaris. J’ai passé 10 jours dans une maison avec d’autres migrants. Nous y étions enfermés. »

« Après 10 jours, ils nous ont emmenés au port. Nous avons vu le bateau à minuit. Le passeur nous a demandé si nous voulions monter à bord et comme l’embarcation semblait en bon état, j’ai payé 5 000 USD pour me rendre en Italie, puis en Écosse pour rejoindre ma famille. Les policiers turcs ont supervisé l’opération ; ils nous ont aidés à nous installer, puis ils nous ont escortés pendant 200 mètres avant de regagner la côte. »

« Sur le bateau, les passeurs ont pris nos téléphones portables et nous ont enfermés à l’intérieur pendant la plus grande partie du trajet. Ils étaient sur le pont supérieur, à naviguer et à fumer de la marijuana. Ils ne nous ont pas laissés les voir ; ils nous criaient seulement de nous taire. Ils ne nous ont donné ni eau ni nourriture pendant 36 heures. Il n’y avait pas de toilettes à notre niveau. »

« Le bateau était correct, mais il faisait mauvais temps. L’eau des vagues arrivait dans la cale. Tout le monde pleurait, vomissait, et certains ont même perdu connaissance à plusieurs reprises. Nous avions peur et nous pensions que nous allions mourir. C’est à ce moment-là que nous avons appelé les garde-côtes pour leur demander de venir nous secourir. » 

« Maintenant, je veux plus que tout rejoindre ma famille. Je ne peux pas attendre six mois que la procédure d’asile aboutisse. J’ai de l’argent ; je paierai quelqu’un pour m’amener auprès de ma famille. J’ai tout vendu pour être avec eux. J’irai, peu importe si je survis ou si je meurs durant le voyage. Six mois, c’est trop long. »

Une femme de 28 ans voyageant depuis Bagdad avec son bébé a raconté à l’OIM : « J’ai quitté l’Iraq avec mon fils de neuf mois sans avertir mon mari. J’ai seulement mis mes parents au courant, et ils m’ont encouragée. J’ai pris cette décision parce que les femmes n’ont aucune liberté en Iraq. J’étais démoralisée par mon mari, car je ne pouvais rien faire sans son accord. Les femmes sont des êtres humains, et elles devraient recevoir le même traitement que les hommes. Je suis partie d’Iraq sans projet. Je savais seulement que je voulais partir. » 

« Notre voyage a été réellement horrible. J’étais dans une cabine à peine plus grande qu’une cabine téléphonique sur le pont inférieur avec mon bébé et quatre autres personnes. Il faisait très mauvais temps. J’ai cru que nous allions mourir. Des vagues énormes s’abattaient sur le bateau. Mon fils pleurait et vomissait constamment. J’avais aussi peur. Personne ne m’a aidée.  »

« Nous avons été extrêmement déçus d’apprendre que nous étions en Grèce, car notre destination était l’Italie. J’ai contacté mes parents, et ils m’ont dit de rentrer en Iraq. Mais je ne vais pas les écouter. J’ai pris ma décision ; je veux vivre librement, sans être méprisée. Je vais essayer d’aller aux Pays-Bas ou en Allemagne, même si je ne connais personne pour s’occuper de nous en Europe. »

Dernière infographie mise à jour pour la Méditerranée : 

https://missingmigrants.iom.int/sites/default/files/Mediterranean_Update...

Pour consulter les dernières données sur les arrivées et les décès de migrants en Méditerranée, veuillez vous rendre sur : http://migration.iom.int/europe

Pour en savoir plus sur le Projet sur les migrants disparus : http://missingmigrants.iom.int

Pour plus d’informations, veuillez contacter Daniel Esdras, Tél : +30 210 9912174, Email : iomathens@iom.int  ou Kelly Namia de l’OIM en Grèce. Tél : +302109919040, +302109912174, Email : knamia@iom.int ou Abby Dwommoh de l’OIM en Turquie, Tél : +903124551202, Email : adwommoh@iom.int ou Flavio Di Giacomo de l’OIM en Italie, Tél : +39 347 089 8996, Email : fdigiacomo@iom.int ou Joel Millman, Tél : + 41 79 103 87 20, Email : jmillman@iom.int ou Leonard Doyle de l’OIM à Genève, Tél : +41-792857123, Email :ldoyle@iom.int